Blog éclectique

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jeudi 17 mai 2012

Mobicartes vidées avec 50% seulement de pertes

Il y a quelques mois j’avais lancé un appel à idées pour dépenser intelligemment les dizaines d’euros entassés sur deux Mobicarte, en prévision du passage à un nouvel opérateur[1].

Finalement, j’ai utilisé remboursetonforfait.com. Le site ne paye pas de mine, le système Starpass est un peu fastidieux, mais c'était une question de principe. J’ai récupéré en gros la moitié de la somme cumulée sur les deux Mobicartes, de quoi se payer un bon restau à deux. Le virement fut rapide.

Ça resservira peut-être quand il faudra migrer les ascendants.

Notes

[1] Celui qui ne fonctionnait pas un temps en soirée. J’avais sciemment pris le risque de subir des problèmes de démarrage bien compréhensible, et ce fut le seul problème avec le délai de mise en place. Au final : content.

dimanche 13 mai 2012

« Accelerando » de Charles Stross

« Rend les hallucinogènes obsolètes » aurait dit Cory Doctorow à propos de ce livre.

Effectivement, j’ai rarement lu SF plus allumée que celle-là : une idée par paragraphe, un million de références à des concepts informatiques ou scientifiques (oracles de Turing, faille de Thompson...), jargon de geeks (to slashdot — lire le site éponyme dans le texte pendant dix ans m’a fourni la culture nécessaire), pendant 400 pages (en poche en version originale) et un nombre mal défini de siècles.

Difficile de parler de la Singularité : elle concerne l'émergence d’intelligences supérieures à l’homme, de niveau quasi-divin. Mais Stross ne s’en sort pas mal, en se concentrant sur les humains qui cherchent justement à lui échapper. Enfin, quand je dis humains… Le premier, dès les premières pages qui se déroulent à notre époque, a déjà une bonne partie de son identité hors de lui-même, sur Internet. Les suivants vivent dans l’équivalent de la Matrice, avec les avantages qui vont avec en cas de mauvais rencontre (« Guns. Lots of guns ») (quoiqu’au final les habitants semblent bien conservateur au regard de leur quasi-omnipotence dans cet univers numérique).

Le concept de personnage en prend un coup : « How many of me are there? » se demande l’un, réincarné à partir de sa sauvegarde, après avoir rechargé et fusionné diverses versions de lui-même (numérisées donc duplicables à l’infini), notamment le double numérique adulte de son clone encore enfant…

Stross ne parle pas de la Singularité juste sous l’aspect technique, mais aussi (surtout ?) économique et légal, avec quelques échos des turpitudes actuelles et un bout d’utopie (économie de la surabondance, économie du don). Même l’aspect religieux est abordé.

J’ai peur que le temps rattrape très vite Accelerando : vocabulaire, nouveautés imprévues réelles, et grand optimisme quant à la vitesse à laquelle la Singularité arrive (dans les toutes prochaines décennies). Nous sommes encore loin de la numérisation complète d’un esprit ou du début du démantèlement de Mercure pour en faire du computronium, les nanotechnologies ne progressent pas si vite.

Il faudra lire avec un cerveau actif : je suis témoin qu’Accelerando n’est pas compatible avec l’état de fatigue du à une récente paternité, j’ai dû à regret le remettre sur l’étagère au bout de cent pages à l’époque. Ce n'est pas un reproche — j’ai adoré ce livre, comme tous ceux qui repoussent mon horizon et dynamitent les habitudes !

Alias est un peu moins laudatif. Thias a plus aimé. Je partage la remarque sur le rythme qui ralentit à la fin, il est vrai que tenir ce rythme d’enfer jusqu’au bout aurait été miraculeux.

Le livre est en ligne gratos pour ceux qui sont passé au papier numérique et lisent l’anglais geek. Je ne connais pas de traduction française.

mercredi 9 mai 2012

Passer son Linux à LVM

Caveat lector : Ce billet à haute teneur en informatique n’intéressera pas quiconque n’a pas déjà une ceinture orange d’administration Linux deuxième dan.

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dimanche 6 mai 2012

« Pour la Science » de mai 2012 : virus géants et embouteillages

Pendant que certains fêtent bruyamment la victoire d’un homme sur lequel aucun d’entre eux n’aurait parié deux kopecks il y a un an, et que ceux du camp d’en face préparent leur migration en Suisse pour échapper au retour des communistes, je vais détendre l'atmosphère par un peu de sciences :

Ce fut un petit numéro en mai, avec quelques infos, mais rien qui m’ait frappé plus que ça. (En italique comme d’habitude ce qui est remarque personnelle.)

  • L’obésite, le diabète… pourraient être causés entre autres par des perturbateurs endocriniens comme les phtalates, les dioxines, les pesticides…
  • Alain Trannoy fait un petit article sur le fameux taux d’imposition à 75% proposé par le futur nouveau président. Déjà c’est un taux marginal au-delà de 1 million, donc ça ne ferait que 57% de taux moyen pour ceux qui gagnent 2 millions par an. Ensuite, le découragement que cela pourra induire sur l’élite des PDG est difficile à quantifier, puisque le PDG d’une grande entreprise doit travailler autant que celui d’une PME, et que le salaire semble suivre grosso modo le chiffre d’affaire de l’entreprise. La vraie question est l’impact que cela peut avoir sur l’expatriation des « meilleurs » PDG.
    (D’un autre côté, je ne sais pas si on a vraiment besoin de gens qui prennent comme premier critère de décision l’argent qui leur reste à la fin du mois. On sous-entend aussi que ce sont les meilleurs qui arrivent en haut, alors qu’il y a un effet de verrouillage et de copinage bien connu dans les conseils d’administration qu’un exil fiscal généralisé pourrait bien briser. Les places seront toujours convoitées de toute manière.)
  • Les épinards ne contiennent pas beaucoup de fer assimilable, la légende provient d’une erreur d’impression dans la documentation du créateur de Popeye. Il vaut mieux chercher le fer assimilable dans les aliments d’origine animale, surtout sang et muscle.
  • Les virus géants peuvent approcher la taille d’une bactérie. Ces monstres contiennent tous les gènes qu’il leur faut et n’ont pas besoin de s’introduire dans le noyau de la cellule infectée, détourner sa machinerie suffit. Il y a même des virus infectant des virus géants… En arrière-plan la question de l’appartenance des virus au vivant… ou pas.
  • L’Antarctique serait un paradis pour paléontologues s’il n’y avait pas des kilomètres de glace à creuser avant de trouver le sol. Les rares affleurements contenaient quelques merveilles comme des dinosaures ou des tétrapodes d’un demi-milliard d’années.
  • L’article sur la gravitation quantique en deux dimensions m’est passé totalement au-dessus de la tête. Cet exercice pour physiciens cherchant à simplifier le problème s’est révélé d’abord moins riche que prévu, mais ils ont réussi à le détourner pour en faire un monde à part avec ses règles, et y recréer l’équivalent de trous noirs en 2D, avec applications possibles en optique à la clé.
  • L’article de Jean-Paul Delahaye sur les embouteillages et la file d’à-côté qui avance toujours plus vite évoque en passant la loi de Murphy mais s’étend sur des calculs et simulations. Effectivement, il y a bien un biais, et nous surestimons toujours l’écart de vitesse avec les autres files, dans un sens comme dans l’autre. Inutile de prendre le risque de changer de file toutes les trente secondes.
  • Enfin, un petit article explique la physique du repassage, à base de cassage de liaison faibles entre chaînes de polymères grâce à la chaleur ou à l’humidité.

mercredi 2 mai 2012

Hollande vs Sarko à chaud… et pis non

J’avais bloggé en direct le débat précédent. Je m’étais vaguement promis de faire pareil avec celui de ce soir.

Et puis non. Il n’est même pas terminé que je vais torcher vite fait ce billet et me pieuter.

Bon, je suis pas en forme et je reprends le ’taf demain. Mais ce que j’ai vu ne me donnait pas plus que ça envie.

Deux journalistes, pas choisis pour leur ténacité et leur capacité à rentrer dans le lard des puissants, à peu près amorphes et qui se font piquer la direction par les deux fauves. (Quoique le contraire serait étonnant.)

Image Wikipédia

Comme il y a cinq ans, des échanges de chiffres invérifiables, et que les deux journalistes ne cherchent pas à vérifier (tiens, la mode est pourtant au fact checking qu’il paraît).

Le passé utilisé comme arme des deux côtés, en remontant jusque Mitterrand.

Des interruptions en cascade, et l’un comme l’autre sont entraînés à ne jamais se laisser interrompre.

Aucune réflexion en profondeur — mais ce n’est pas l’exercice de toute manière.

Bref, un duel de « tchatche » quand il faudrait un débat argumenté, éventuellement en partie par écrit, étalé sur des jours.

mardi 24 avril 2012

Ne votez pas, jugez !

La première partie de ce billet se veut un résumé d’un article paru dans le dernier Pour la Science chroniqué la semaine dernière.

Ne votez pas, jugez !

Image Wikipédia chinois

Le type de scrutin actuel (pour les présidentielles mais pas seulement) est bancal. Son résultat dépend de tactiques politiques diverses ; du « vote utile » pour un candidat qui n’est pas celui que l’on préfère, mais qui a les meilleures chances de battre celui que l’on hait ; du nombre de « petits candidats » sans chance de gagner, qui peuvent parasiter le choix d’une potentielle majorité (voir en 2002 Jospin éliminé, qui aurait eu de bonnes chances au second tour) ; le centre est laminé et les extrêmes encouragés. Enfin le résultat est difficilement interprétable politiquement : les 82% de Chirac en 2002 n’étaient pas un plébiscite.

Condorcet déjà planchait sur d‘autres systèmes de scrutins mais se heurtait à des paradoxes des. Aujourd’hui, les deux polytechniciens auteurs de l’article proposent de juger tous les candidats, mais sans les comparer directement entre eux (la source réelle de ces paradoxes).

Leur système en quelques mots :

  • il n’y a qu’un seul tour ;
  • chaque électeur donne une mention (sept niveaux de « Excellent » à « Rejet ») à chaque candidat ;
  • il ne compare pas les candidats (pas de classement ni de tri, du moins directement) ;
  • un vote nul est un rejet.

Au dépouillement, on calcule la « mention majoritaire », tout simplement la mention qui divise 50/50 les votants. Dans une simulation de ce scrutin par un sondage en avril 2011, Le Pen fille obtenait une mention majoritaire « Rejet » (55% à lui tout seul), et Martine Aubry un « Assez bien » (Excellent+Très bien+Bien+Assez Bien = 51% ).

On classe ainsi tous les candidats, celui avec la mention la plus haute l’emporte. (Pour être franc, la méthode de calcul exacte pour trancher entre plusieurs candidats aux mentions proches me semble floue.)

Avantages :

  • l’électeur n’a pas à trancher entre deux candidats qu’il aime ;
  • inutile de surcoter un candidat (par exemple dire que Hollande est excellent pour être sûr de se débarrasser de Sarkozy) : tant que mon vote pour l’un reste positif, il sera dans les 50% qui le verront gagner (quoiqu’à mon avis il peut y avoir plus d’hésitation dans les niveaux intermédiaires qui feront basculer un candidat) ;
  • de même, inutile de saquer un candidat : Insuffisant ou Rejet ne baissera pas sa mention finale et ne changera rien sur la note des autres ;
  • la répartition des mentions donne par contre une bonne indication politique en plus du choix final : ce n’est pas la même chose de gagner avec 51% de Assez bien contre 49% de Passable (on n’enthousiasme ou n’ulcère personne), ou avec 51% d’Excellent et 49% de Rejet (on est très « clivant ») ;
  • le nombre de petits candidats sans aucune chance n’influe pas sur le résultat (cela fait juste plus de personnes à classer) ;
  • il y a même la possibilité du rejet de tous les candidats ;
  • bref, l’électeur est poussé à l’honnêteté.

Il n’y a pas d’inconvénients suivant les auteurs : les partis du centre ne sont pas privilégiés (comme on pourrait le craindre de tout système qui cherche autre chose que forcer un choc de blocs). Notamment, un test grandeur nature par sondage avait mené à la victoire nette de Martine Aubry ; et d’autres ont montré que droite et gauche ne s’en sortaient pas si mal, seuls les extrêmes se font laminer (rejet massif par la majorité des votants).

Naïvement on se dit qu’une note (sur 20, sur 100…) et une moyenne seraient tout aussi parlants et efficaces que des « mentions ». Mais la moyenne est inutilisable car un petit groupe peut influer sur le résultat en exagérant ses votes (dans un sens ou dans l’autre suivant les candidats). Les mentions majoritaires ne sont pas des moyennes, un vote enthousiaste ou juste favorable donnent le même résultat (ici positif).

Exemple sur Slate.fr, et une longue discussion sur le site de Terra Nova (proche du PS).

Bonne idée ?

Je m’en vais livrer quelques remarques personnelles.

  • La possibilité du rejet de tous les candidats est un point positif (il faudra refaire l’élection avec d’autres). Il y a eu des cas où il fallait voter entre un corrompu notoire et un facho : le rejet des deux est une nécessité. De plus, ce choix entre Charybde et Scylla est une conséquence du système à deux tours (avec le système actuel il en faudrait au moins trois en fait).
  • Le comptage est plus compliqué : on ne compte plus N bulletins par N électeurs (au taux d’abstention près), mais N bulletins * M candidats (M pouvant aller jusque 10). C’est un point faible quand en même temps on refuse l’informatisation du bulletin par machines à voter ou par Internet, pour des raisons de risque de manipulation. Mais diantre, le problème n’est pas insurmontable, il y a peut-être quelques restrictions à poser sur le nombre de candidats et des astuces pour accélérer le calcul ; et puis on économise un tour donc des bonnes volontés d’assesseurs.
  • On économise aussi des primaires. Rien n’interdirait à un parti de présenter deux ou trois candidats, puisqu’ils ne se piqueraient pas de voix. Le risque de brouillage et de cacophonie est un danger, mais aux partis de le gérer.
  • Le risque de verrouillage d’un parti par un cacique est réduit. Dans plusieurs endroits, on a le choix entre le vote pour un potentat local de l’étiquette que l’on préfère pourtant, ou le vote pour le camp d’en face que l’on abhorre. C’est démocratiquement catastrophique. Si un parti peut présenter plusieurs candidats sans risque de dispersion des voix, la transition se fera naturellement, un « rénovateur » du parti choisi éliminant le cacique.
  • Instaurer ce système serait un bouleversement, et au premier chef pour les élus actuels qui verraient leurs réflexes et leur siège remis en cause. Chaque homme politique analyse une réforme électorale en fonction de l’influence sur les résultats. Le FN sera immédiatement opposé, les centristes et les écolos devraient s’y rallier. Je vois mal les grands partis favoriser un système qui explose les logiques de clan et ne dissuade pas les dissidences. Bon, les candidats auront toujours besoin de partis établis pour se faire connaître et financer leur campagne…
  • Les sondages deviendraient beaucoup plus compliqués. Actuellement 1000 personnes interrogées impliquent une marge d’erreur de 3% et beaucoup de gens rechignent à répondre ou même décrocher (par exemple les centres d’appels sont filtrés chez moi). Alors pour un questionnaire sur chacun des dix candidats… Il doit y avoir moyen d’optimiser ou carrément de passer par des sondages internet vue sa pénétration actuelle.
  • Y aurait-il un « filtrage sur les imbéciles » ? Un abruti est capable de comprendre qu’on compte les voix et que celui qui en a le plus gagne. Le calcul d’une mention moyenne est plus compliqué. Un système de vote se doit d’être clair pour être légitime et inconstestable. Il faudrait tester sur des enfants de 10 ans.
  • L’article n’insiste pas sur une information intéressante livrée par les bulletins : la corrélation entre les avis sur les différents candidats. D’une part, il est démocratiquement utile de savoir à M. Dupont que ses électeurs soutiennent également beaucoup Mme Duschmol, et abhorrent M. Durand. Ça pourrait aider, dans des coalitions. De l’autre, avec dix candidats, on peut arriver à une segmentation assez fine d’un électorat au point que certains personnes pourraient être identifiables au dépouillement — quelque chose de dangereux dans une démocratie.
  • Ce système a l’intérêt de fonctionner sans aucune modification dans le cas où il faut élire plusieurs personnes. Il est parfait pour les municipales dans les petites communes.
  • Par contre, pour les scrutins à la proportionnelle, je ne pense pas qu’il y ait de progrès, à moins de juger des listes entières, mais la conversion entre motion moyenne et part des sièges n’est pas immédiate pour moi.
  • Enfin, pour les référendums, on pourrait enfin sortir du binaire « Oui ou Non ? ». Le référendum de 2005 sur la Constitution Européenne aurait pu offrir plusieurs choix : « Rejet », « Accord sur le principe mais à renégocier », « Compromis passable », « Accord plein».

    (En fait, ce choix à quatre options serait déjà faisable avec le système actuel, ça ferait juste deux types de bulletin Oui et deux de Non. On pourrait carrément passer au QCM et on saurait pourquoi les électeurs ont accepté ou rejeté un texte.)

    L’intérêt pourrait être réel si plusieurs scénarios concurrent sont proposés. Par exemple pour voter sur plusieurs formes de maintien dans l’Europe ou de réforme des collectivités locales ou des institutions. Le cas extrême aurait été en 1946 de proposer un choix de 10 constitutions, de la monarchie théocratique de droit divin à l’anarchiste totale, et de prendre la plus consensuelle.
  • Les extrêmes seraient laminés, mais est-ce vraiment une bonne chose ? Si on adhère à l’un d’eux, évidemment non :-) Sérieusement, les extrêmes ont un côté défouloir, mais aussi de pression sur les candidats plus centristes. Actuellement, une voix pour Mélenchon est une voix en moins pour Hollande, mais si on peut juger les deux indépendamment, ce n’est plus le cas. Les grands partis perdraient-ils au change ? D’un autre côté, des « électrons libres » estimés par certains, mais que l’on juge incapables de gagner, ne seraient plus pénalisés, et l’on verrait leur poids politique réel.
  • Les auteurs disent que le centre n’est pas outrancièrement favorisé. Certes, leur essai donne Aubry et Borloo en tête. Mais : d’une part, ils ont pris des politiques « sélectionnés » par le système actuel, donc pas représentatif du « régime permanent » du nouveau système après quelques élections. De l’autre, cela montre que les mêmes électeurs ont des préférences à la fois pour la droite et la gauche. Ce qui en fait est du bon sens vue l’alternance politique presque systématique chez nous.
  • Il manque un nom bien fédérateur à ce système. Le « jugement par mention », ça fait scolaire ou judiciaire.

Bref, en résumé de mon avis personnel : c’est peut-être pas parfait, mais en tout cas mieux que le système actuel un peu trop primitif.

vendredi 20 avril 2012

« Pour la Science » d’avril 2012 : Objectif Mars ; juger au lieu de voter ; sécurité...

Terminerai-je cette chronique avant la fin du mois ? Vous le savez déjà, le suspens n’existe que pour moi au moment où je rédige ces lignes.

Résumé : un bon cru.

Comme d’habitude, les italiques sont des commentaires personnels ajoutés à un résumé sélectif qui tente la fidélité aux articles originaux.

Le bloc-note de Didier Nordon

Les liseuses électroniques abolissent enfin une discrimination : les livres pourront enfin avoir un nombre de pages impair.

Ne votez pas, jugez !

C’est de saison : l’article reprend une proposition de système de scrutin par jugement simultané de tous les candidats, qui n’a pas les inconvénients du système actuel ni les inconvénients du système de Condorcet, par exemple.

J’en ferai un billet séparé.

Science, énergie & élections

Un article de Benjamin Dessus de l’association Global Chance s’insurge contre la manière dont l’énergie nucléaire est présentée dans la campagne :

  • tout d’abord l’électricité ne représente qu’une petite partie de l’énergie dépensée en France ;
  • c’est d’abord la réduction de la demande qui permettra de ne pas émettre trop de CO₂ : les économies d’électricité potentielles sont énormes : isolation, eau chaude solaire, appareils sobres...

Le nucléaire a un coût difficile à estimer mais la Cour des Comptes fournit des chiffres.

En résumé, sortir du nucléaire vers 2031 est possible, avec un kilowattheure 20% plus cher mais une facture 25% moins élevée !

Science & politiques de sécurité (& donc élections)

Le sociologue Sebastian Roché nous donne un résumé de nombreuses études sur l’efficacité des diverses politiques de sécurité appliquées un peu partout en Occident :

L’alourdissement des peines est contre-productif, et cela inclut le jugement de mineurs en tant que majeurs : une longue détention rend plus compliquée la réinsertion.

La « police communautaire » (chez nous : la défunte « police de proximité ») vise à améliorer les liens avec la population, s’impliquer dans la prévention… mais aussi à comprendre les délits et à les prévenir : le résultat est surtout visible sur les incivilités et désordres, mais aussi (modestement) sur la délinquance de rue (vols…) ; bref c’est une piste prometteuse.

La « police analytique » est une méthode : analyser comment des méfaits se déroulent, imaginer et diffuser des contre-mesures parfois simples ; apparemment efficace, elle n’est utilisée en France qu’au coup par coup. L’auteur regrette que la France préfère la « gestion verticale », centrée sur l’après-délit, les chiffres de résolution… au lieu de la police analyitique notamment.
(Prévenir plutôt que guérir, ça ne date pourtant pas d’hier…)

La vidéosurveillance a un intérêt réel dans les lieux clos, typiquement les parkings, mais pas ailleurs, et n’est en rien la solution miracle prônée par certains.
(Surtout par les vendeurs de caméras je pense, et ceux qui veulent économiser des postes de policiers. Je n’ai toujours pas compris comment une caméra pouvait protéger d’un délit.)

Il existe des méthodes « cognitivo-comportementales » visent à corriger les biais cognitifs des délinquants (prendre une simple remarque comme une provocation par exemple, ou rechercher uniquement les satisfactions immédiates, ou se voir tout le temps comme une victime). Les résultats sont spectaculaires (-30 à -50% de récidive).
(Oui mais ces psys qui causent avec des jeunes, ça doit coûter plus d’argent sur le court terme que les laisser croupir en prison…)

Science & politique de santé (& élections)

Les deux auteurs sont des médecins. En résumé, leur étude clame que jusqu’ici seule la régulation par des mécanismes de marché a été mise en place en France, sans succès : réduction du nombre de médecins, tarification à l’acte (inadaptée pour les pathologies difficiles), développement des cliniques privées. De plus les missions de service public comme la prévention, les urgences, la formation des internes... sont limitées.

Les auteurs réclament le retour au remboursement à 80% et s’opposent à une franchise modulée selon les revenus : ce serait encore reporter le problème sur les mutuelles et réserver la solidarité à 100% aux plus pauvres, et « une solidarité pour les pauvres se transforme très vite en solidarité au rabais ! ». Ils demandent des règles draconiennes pour autoriser le remboursement d’un médicament, qui doit être efficace (donc : 80% de remboursement, ou 0), et de favoriser les génériques (pas si utilisés que ça en France).

Ou encore : une taxe sur la publicité de médicaments vers le corps médical doit financer la formation continue des médecins. Il y aurait 25% d’actes injustifiés (25 % !!!) : les économies potentielles et l’enjeu éthiques sont flagrants.

Pour le financement, ils en appellent à Philippe Séguin, qui voulait soumettre les stocks-options aux cotisations sociales (3 milliards) ; et à la hausse automatique des recettes pour combler tout déficit et ne pas reporter la dette sur les générations futures (avec intérêts).

Au final… ils proposent le système en place en Alsace-Moselle : plus cher (1,5% du salaire contre 0,75%), mais remboursant mieux… et bénéficiaire !

Pour finir : le système est encore à réformer de fond en comble. Prise en compte de trois types de médecines différents (maladies bénignes, graves, chroniques), coordination, réforme des modes de rémunération des généralistes, centres de santé, formation des médecins (en communication, psychologie, pédagogie ; stages…), rénovation du secteur psychiatrique, accent sur la prévention et pas que sur les soins, « démocratie sanitaire » et contrôle, etc.

« Vaste programme… »

En route vers Mars

Les deux auteurs travaillent pour la NASA et proposent un programme spatial avant tout flexible, capable de s’adapter aux évolutions technologies et budgétaires. En fait, l’argent est la première contrainte pour la NASA avant la technique ou la balistique spatiale...

Au lieu de foncer directement sur Mars, la technique des petits pas viserait plutôt à explorer des astéroïdes de plus en plus gros et de plus en plus éloignés, où se poser est facile. Il y en a de nombreux intéressants selon les fenêtres de tir budgétaires. Une fois les lunes de Mars atteintes et explorées, on pourrait envisager de se poser sur la planète, ce qui est l’opération la plus complexe.

Les vaisseaux à propulsion ionique, lente mais régulière, sont peu coûteux (critère finalement majeur). Pour éviter que les astronautes restent trop longtemps dans l’espace, il suffirait de prépositionner sur le chemin des fusées classiques arrivées, elles aussi, par propulsion ionique : résultat environ -50% en masse au décollage, et autant en coût.

De même, le vaisseau spatial (réutilisable) serait monté en orbite terrestre haute par propulsion ionique (lentement), les astronautes le rejoignant avec une fusée classique au dernier moment.

Un encart du CNES parle des réacteurs nucléaires, thermiques ou électriques, comme une option pour réduire les temps de trajet.

Le retour de la punaise de lit

Depuis des millénaires, la punaise de lit se nourrit de sang humain la nuit, et heureusement elle ne transmet pas de maladie. Éradiquée en Occident au XXè siècle, grâce au DDT notamment, elle s’en rit depuis longtemps, et fait un retour en force grâce au chauffage central et aux échanges inter- et intranationaux !

S’en débarrasser est une plaie, entre autre grâce à sa capacité à jeûner des mois et à se disperser. Nettoyage à fond, congélation, chauffage à 50°, insecticides spécifiques et rémanents… les outils sont nombreux mais pas parfaits. De nouvelles armes pourraient se baser sur leur mode de reproduction « traumatique » (le mâle transperce la femelle, et parfois se trompe de cible), que l’on pourrait manipuler à coup de phéromones par exemple. Le temps presse, la résistance aux insecticides se développe...

Divers

  • Dans son « Point de vue », Pierre-Henri Gouyon nous alerte sur la dernière loi sur les semences : en vue de mieux contrôler et tracer les cultures, le ressemage des graines par les agriculteurs est interdit, sauf paiement d’une taxe à l’industriel semencier. Une objection majeure : certes la centralisation et l’industrialisation des semences ont permis de gros gains de productivité, mais cette loi interdit la « sélection participative » entre agriculteurs, misant sur la sélection naturelle.

    (Consternant. Le parallèle avec l’informatique ou le domaine des médias est flagrant : quelques groupes veulent totalement dominer un domaine où la coopération dans un léger bazar est à long terme bien plus riche et productive… pour la société, pas les grands groupes.)
  • Nos souvenirs ne sont pas immuables : ils évoluent avec le temps et les répétitions. Hors quelques événements frappant précis (au cadre, lui, reconstruit), la plupart des souvenirs se confondent dans un savoir plus général et générique (prendre le train…). Or les souvenirs sont le fondement de l’identité. Comment un petit enfant construit-il son identité avec un système de mémorisation immature ? Comment les pathologies atteignant l’identité (schizophrénie…) atteignent-elles les souvenirs ?
  • La savane centre-africaine serait l’œuvre de l’homme : 1000 ans avant Jésus-Christ, la migration des Bantous, agriculteurs qui possédaient la technologie du fer, aurait provoqué un défrichement important, l’érosion des sols puis la disparition de pans entiers de la forêt africaine.
  • Donner des acides gras (oméga 3) aux femmes enceintes réduirait l’incidence de l’eczéma et des allergies aux œufs après la naissance.
    (L’impact de notre alimentation sur notre santé me fascinera toujours.)
  • La rubrique d’histoire des sciences parle de l’abaque de Gilbert d’Aurillac : ce moine astronome et mathématicien, devenu le pape de l’An Mil Sylvestre II, avait tenté d’introduire les chiffres arabes qu’il avait appris en Espagne à l’aide d’une abaque, sans zéro ni numération de position. Son utilisation nous semble assez absconse, mais cela restait un progrès : la division n’était pas possible avec les abaques de l'époque ! On ne sait pourquoi Gilbert n’a pas directement proposé le calcul écrit permis par la numération de position et le zéro (peur d’être accusé de sorcellerie ?). Le système actuel s’est répandu comme une traînée de poudre deux siècles plus tard.
    (Deux siècles perdus. Sur le sujet, voir mon résumé du pavé de Georges Ifrah L’histoire universelle des chiffres.)

mercredi 11 avril 2012

« Pour la Science » de mars 2012 : pharaons au ¹⁴C & véritable hasard

Ce numéro est périmé[1], donc on va faire vite[2]. (Commentaires personnels en italique comme d’hab’.)

Le bloc-note de Didier Nordon

  • « Les économies d’énergie commandent donc que l’on supprime les feux de circulation et que l’on confère aux voitures une priorité permanente sur les piétons » car les arrêts-redémarrages consomment beaucoup d’énergie.

    Dissertez sur la notion de « priorité d’une société »… Puis remplacez les feux rouges par les lois sur la pollution par exemple.
  • Un train annoncé à 14 h 22, puis en retard à 14 h 52, arrivé finalement à 14 h 47 est-il en retard de 25 ou en avance de 5 minutes ?

    Ne rigolez pas, l’embellissement des mauvais résultats est un art pratiqué dans beaucoup de hautes sphères?

Égypte ancienne et carbone 14

Malgré deux siècles de décryptage intensif de hiéroglyphes, les archéologues hésitent sur les dates exactes des règnes des divers pharaons, et cela empire évidemment en remontant le temps : l’incertitude approche du siècle pour les plus anciens. Les Égyptiens ne tenaient pas de calendrier à origine fixe comme les Hébreux ou nous, et certains périodes troublées laissent peu de traces qui permettent de calculer leur durée… Même les références astronomiques peuvent être douteuses.

Le principe du carbone 14 est connu, mais un article expose les biais de la méthode, et comment calibrer les courbes. Au tout début, on supposait constante dans le temps la concentration en ¹⁴C par rapport au ¹²C car elle découle de l’action des rayons cosmiques sur le carbone atmosphérique. Il suffisait donc de mesurer la quantité restante de ¹⁴C (demi-vie : environ 5700 ans) par rapport au ¹²C pour savoir depuis combien de temps la matière biologique étudiée n’avait plus d’échange avec l’atmosphère (donc qu’elle était morte).

Cependant, la concentration atmosphérique de ¹⁴C varie dans le temps, et aussi avec le champ magnétique terrestre, le climat, la latitude, le type de créature (les deux isotopes ne sont pas strictement chimiquement identiques, les plantes ou les animaux ne les absorbent pas de manière identique), l’influence de l’océan et son inertie, ce qui introduit un biais dans les zones côtières, etc.

Bref, il faut une courbe de calibration, relativement tordue au final, créée notamment grâce au comptage des cernes des vieux arbres (on peut remonter à 11 000 ans, avant c’était la glaciation) ou aux coraux et carbonates marins (on arrive à -50 000 ans).

Au final, après une sélection d’échantillons assez drastique, les scientifiques de plusieurs pays sont parvenus à dater précisément (un quart à un demi-siècle près…) de nombreux règnes de pharaons. L’accord avec les diverses dates historiques supposées est bon, et permettrait de trancher pour les plus anciennes.

L’impossible hasard

C’est vraiment une constante : les articles de Jean-Paul Delahaye m’intéressent beaucoup une fois sur deux, sinon je suis carrément froid. Pas de milieu !

Le hasard pur a un critère : la suite doit être incompressible (non reproductible sauf à l’énumérer), et imprévisible (aucun système de pari ne peut gagner contre elle). Les irrationnels comme π ou √2 passent les pires tests d’imprévisibilité haut la main mais sont compressibles (leur définition suffit à tout recalculer).

Pour produire ce hasard deux moyens sont utilisés à notre époque : des algorithmes mathématiques (donc ce n’est pas du hasard pur non plus !) ou des systèmes à base de phénomènes quantiques… mais dans ce dernier cas rien ne permet d’affirmer réellement que ce hasard est bien pur. Les phénomènes physiques (jet de pièces) sont trop biaisés si bien contrôlés. (Au passage : le calcul du résultat d’un jet à la roulette est bien en pratique imprévisible, quoi qu’en disent des casinos trop heureux de faire croire à l’existence de martingales).

Pour la pratique (vénales machines à sous, secrète cryptographie, ou scientifiques méthode de Monte-Carlo), ce problème théorique fondamental n’a pas d’importance. « La théorie et la pratique divergent au maximum ! »

Dans le numéro d’avril suivant, Jean-Paul Delahaye répond à un lecteur en évoquant le nombre Oméga de Chaitin comme nombre mathémtiquement définissable mais totalement aléatoire (l’article Wikipédia sus-lié est passionnant, du moins la première partie que je suis parvenu à comprendre avant de décrocher).

Divers

http://tardigrades.bio.unc.edu/

  • Les tardigrades sont d’adorables bestioles d’un demi-millimètre… et quasiment indestructibles, y compris après un voyage dans l’espace !
    (Image : Willow Gabriel and Bob Goldstein, http://tardigrades.bio.unc.edu/, via Wikipédia)
  • Un article décrit les querelles entre scientifiques français (Wurtz & Berthelot notamment) sur l’hypothèse atomique pendant tout le XIXè siècle. Simples notations, hypothèses non scientifiques, existence réelle ou pas ?
  • Un article décrit le contexte géologique de la région de Franceville au Gabon : ses roches contiennent les restes des plus vieux organismes pluricellulaires connus (on en avait parlé rapidement). Cette zone a notamment été peu perturbée par les tremblements de terre depuis cette époque.
  • L’extinction massive du Permien (peu avant l’apparition des dinosaures ; tiens, j’en avais déjà causé) aurait bien été causée[3] par les trapps de Sibérie, les kilomètres d’épaisseur de basalte crachés par des milliers de volcans, la libération de milliers de gigatonnes[4] de chlore, soufre et autres saletés, avec (c’est la découverte) empoisonnement au mercure de toute la chaîne alimentaire à la clé.
  • La disposition des panneaux de la centrale solaire de Séville suit la même logique en spirale que la disposition des feuilles de tournesol.
    J’adore quand des ingénieurs redécouvrent ce que la nature avait déjà trouvé.
  • Les alligators de Floride ont trouvé leur prédateur : le python birman, en train de se répandre dans les Everglades, en attendant le reste des États-Unis.
  • On pense pouvoir descendre bientôt à une température d’un picokelvin.
    Glagla. En laboratoire uniquement, heureusement.

Notes

[1] Façon de parler, la Connaissance est intemporelle. Pendant mes études, je prenais plaisir à feuilleter les premiers numéros de Pour la Science, d’une époque où je ne savais pas lire.

[2] Même pressé par le temps, vous savez que j’en suis incapable.

[3] Est-ce une inesthétique répétition quand le verbe « causer » est utilisé dans deux acceptions différentes à la suite ?

[4] Ça sonne mieux que « 1 ou 2 pétakilogrammes ».

samedi 11 février 2012

« L’espion du Président » d’Olivia Recasens, Didier Hassoux & Christophe Labbé

À sa parution le mois dernier, cette enquête a fait l’effet d’une bombe. Quoiqu’elle ne fasse que confirmer et coucher par écrit ce que de nombreuses personnes craignent (à commencer, selon les journalistes, divers candidats à la présidentielle qui à présent enlèvent toujours la batterie de leur portable). Les auteurs accusent carrément Bernard Squarcini, patron de la DCRI (née de la fusion de la DST et des Renseignements Généraux) d’avoir fait de son service une officine de renseignement au service de l’Élysée.

Espionnage de journalistes pour trouver les « traîtres » qui les renseignent, protection de Sarkozy (lui-même autrefois cible de bien des crasses comme Clearstream)), protection de la vie privée du même et de ses femmes (ne cherchez pas, le livre n’a pas de secret croustillant à dévoiler[1]), mise à l’écart de policiers sur des critères de politique de couloir et de proximité avec l’ancienne équipe, menace terroriste agitée dès que le Président est embarrassé, abus du « secret défense », et instrumentalisation de l’habilitation « secret défense », paranoïa anti-fuites doublée d'écrans de fumée dans la presse… Squarcini est accusé d’avoir désorganisé le renseignement français, de l‘avoir mis au service exclusif de l’Élysée, et d’être si peu discret qu’il en perd toute crédibilité. Pendant ce temps, la CIA a le champ libre dans l'espionnage économique, on ne surveille plus la scientologie et autres sectes, et le véritable renseignement antiterroriste souffre.

Un des problèmes vient de la personnalité même de Squarcini, flic de terrain des Renseignements Généraux, homme de terrain, de réseau et de bagout, forcément lié à des gens louches par son métier, et toujours sur le fil. Un bon chasseur et traqueur de terroristes basques ou corses, mais aussi quelqu’un incapable de dire non à ses supérieurs. Un membre plus fidèle à « la Firme », l’équipe qui a mené Sarkozy là où il est, qu’à l’État. Bref, l’antithèse d’un chef de service de renseignement, qui doit être un serviteur de l’État rigoureux.

Les journalistes ont rencontré beaucoup de monde, à commencer par Squarcini lui-même. Nombreux sont les commissaires ou membres des services qui se livrent en critiquant leur patron, après avoir bien précisé que toutes leurs paroles étaient off et enlevé les batteries de portables.

On en apprend de belles sur nos services de renseignement comme leur capacité à « siphonner » un ordinateur à distance, ou à avoir accès aux « fadettes » (les relevés téléphoniques) de quiconque, en court-circuitant l’organisme chargé d’éviter les abus (Squarcini est mis en examen pour cela justement). J’ai bien aimé les équipes capables de fouiller un appartement sans laisser de traces : si vous vous dites que votre serrure a été forcée mais que le cambrioleur n’a rien emporté, c’est que ce n'était pas un cambrioleur. L‘appartement a de bonnes chances d'avoir été « sonorisé» au passage, bien sûr. Rigolo aussi le passage où l’équipe s'était trompé d’appartement, elle ne comprenait rien aux conversations… Mojns rigolo quand les auteurs disent justement qu’on a un jour forcé leur porte.

Les policiers qui font cela n’ont normalement pas une âme d’espion, et à la base veulent servir la France, traquer les terroristes et les gangsters. Mais dans une organisation aussi compartimentée, impossible de savoir si la cible est légitime. La mentalité de la maison veut que les exécutants soient dociles car « couverts ». Or Squarcini casserait cette logique toute militaire en refusant d’assumer.

La maison a aussi des archives. Où sont-elles, qui y a accès ? Flou total. Un passage croustillant porte sur un ancien ministre de l’Intérieur des années 80 qui cherche à consulter son propre dossier. Y figurent ses conversations avec sa future femme. Pourquoi ne furent-elles jamais purgées des fichiers ? Plus récemment, les conversations coquines de DSK s’échangeaient sur clés USB.

La Corse est un fil rouge. Squarcini est à moitié italien. C’est pratique pour discuter avec Carla ou un homologue américain, mais aussi pour traquer le terroriste corse dans son maquis. Squarcini connaît tous les réseaux de l’île, une logique clanique faite de services rendus et de copinage, qu’un citadin continental légaliste aura bien du mal à comprendre[2]. Ces réseaux ont bien servi quand il a fallu traquer Yvan Colonna, mais les liens entre Squarcini, certains politiques, et d’autres nationalistes devenus hommes d’affaires posent question.

Autre lien sulfureux : Squarcini a casé un de ses fils dans l’administration de Guérini, le Président socialiste du Conseil Général des Bouches-du-Rhônes, assez empêtré dans les ennuis judiciaires avec son frère. Compromettant et stupide.

Enfin : la DCRI travaille-t-elle sur l’opposition, bref a-t-on un watergate français en cours ? L’équipe de Strauss-Kahn s’était fournie en portables belges, et les conversations coquines suscitées n’auraient jamais dû être enregistrées. Apparemment la DCRI n’est pour rien dans l’affaire du Sofitel à New-York [3]. Par contre il aurait été prévu que l’affaire du Carlton sorte pendant les primaires socialistes. De même, Martine Aubry est persuadée que les bruits sur ses problèmes ophtalmologiques (réels mais délibérément grossis) viennent de la DCRI. Un des auteurs est témoin de première main du lancement de la rumeur, pseudo-confidence lancée en off au cour d’une conversation.

Les notices de bas de page abondent, indiquant les dates des entretiens abondent comme les démentis de personnes impliquées par d’autres. On aimerait être certains qu’il n’y a pas des règlements de comptes par journalistes interposés.

Scarcini a porté plainte contre les journalistes pour diffamation, une habitude chez lui et Guéant apparemment. Cela laisse apparemment froid les auteurs : (Le Point.fr)Le patron de la DCRI promet une riposte judiciaire (Le monde.fr)Bernard Squarcini mis en cause dans un livre d'enquête

Je laisse la morale à un des intervenants du livre, Rémy Pautrat, ancien patron de la DST, créateur de sous-direction antiterroriste trente ans plus tôt :

« Je savais que je prenais le risque de voir la lutte antiterroriste, qui a toujours eu l’attention du politique, devenir trop importante au détriment du reste. C’est ce qui est arrivé. Les services se sont nourris de cette menace, surtout après le 11 septeùbre, pour grossir leurs pouvoirs de façon démesurée. On a accepté beaucoup de choses sans qu’il y ait eu de débat… »[4]

Notes

[1] Non plus que sur le père de l’enfant de Rachida Dati, il n’y a rien de plus que les ragots rencontrés à l’époque sur Internet. D’ailleurs Rachida Dati apparaît aussi comme cible d‘écoutes destinées à voir si elle a révélé/ragoté sur le Président.

[2] Et ça me révulse.

[3] Je me disais aussi que le timing n’était pas bon

[4] 10 mai 2011, p.268

jeudi 2 février 2012

« Pour la Science » de février 2012 : secondes excédentaires, ours des cavernes et multivers

(Défit personnel : je vais tenter de chroniquer vite fait ce numéro un peu mineur, en dominant ma logorrhée habituelle, pour publier ceci avant le début du mois du numéro. Chiche ! C’est rapé.)

Les secondes intercalaires

Passionnant article sur un phénomène qui touche peu le commun des mortels, qui se contente au mieux de la précision d’un train ou du serveur NTP auprès duquel son PC trouve son heure.

Le problème à la base est très concret : synchroniser la régularité du calendrier avec la rotation de la planète, qui est après tout le cadre ultime de nos vies. Certains s’en fichent, comme les Arabes avec des années lunaires plus courtes qu’une année solaire ; les Chinois rajoutent des mois au petit bonheur ; chez nous Caius Julius a imposé les années bissextiles, puis le pape Grégoire a affiné tout ça avec son calendrier.

Depuis 1972 le temps est mesuré avec des horloges atomiques, et la rotation de la Terre étant ce qu’elle est, il faut parfois ajouter, ou retrancher une seconde en milieu ou fin d’année pour que le temps solaire corrigé de l’équation du temps (l’explication du concept est claire) coïncide au micropoil avec le Temps Universel Coordonné, décompte des période du rayonnement entre deux niveaux hyperfins du césium 133 (une référence universelle qui en vaut une autre — mais sans lien avec la Terre). Il y aura donc sur certaines horloges précises un 30 juin 2012 23 h 59’ 60”.

Ces ajouts de seconde perturbent certaines applications précises, en partie à cause du système de notification. Bref, certains plaident pour la suppression de ces secondes intercalaires (ça a failli être voté après l’écriture de l’article mais la décision est reportée à 2015).

L’auteur plaide pour leur maintien : le calendrier « réel » (ressenti, avec heures, jour et nuit) et celui universel et coordonné vont diverger. Déjà le GPS a 15 secondes d’écart (il ne tient pas compte des secondes intercalaires). J’aime beaucoup la conclusion qui voit loin : dans 50000 ans, à cause de la rotation de la Lune, il faudra au moins une seconde intercalaire par jour : la planète tournera en 86401 secondes ! Comment dans le futur allons-nous gérer cela ?

(Personnellement, je me dis que le problème sera peut-être résolu quand nous nous installerons sur Mars ou ailleurs : un temps universel arbitraire ajusté ensuite pour chaque planète au gré des besoins de celles-ci, sera nécessaire. Il faudra juste que ce temps devienne arbitraire et formellement déconnecté des jours et nuits terrestres pour qu'on ne s’y réfère plus du tout. Il faudrait lire les discussions sur ce sujet à l’ITU-R.)

Les ours des cavernes

Totem de la Préhistoire européenne, l’ours des cavernes a bien existé et laissé pas mal d’ossements. L’espèce était bien distincte de l’ours brun et de ses cousins proches (grizzly, ours blanc…), avec un ancêtre commun il y a environ 1,6 millions d’années. Ce monstre était plus végétarien que carnivore.

Les comparaisons de peintures rupestres étalées sur des milliers d’années, dans la grotte Chauvet par exemple, ainsi que l’analyse de la diversité génétique des ossements trouvés, montre que l’espèce a progressivement disparu au Paléolithique, et son déclin s’amorça avant l’arrivée de l’homme.

Le multivers

Depuis longtemps la SF prend comme décor les univers parallèles et les univers très lointains, au-delà du mur de quelques dizaines de milliards d’années-lumière autour de nous. Est-il possible, scientifiquement, de découvrir si oui ou non ils existent ? Pour le cosmologiste George Ellis, non.

Le premier type de multivers englobe les espaces de l’univers « classique » trop lointains pour que leur lumière ou toute autre information nous en parviennent : à jamais inaccessibles, ils ont a priori les mêmes lois physiques que nous. Ce très plausible multivers est simplement un ensemble de bulles isolées à jamais par la vitesse finie de la lumière et l’expansion de l’univers.

Le second type de multivers envisage que des bulles assez lointaines auraient potentiellement des lois physiques différentes, voire toutes les combinaisons possibles de lois et de paramètres physiques. Ils restent également trop lointains et à jamais inaccessibles.

Les arguments scientifiques de ce multivers sont au mieux indirects sinon spéculatifs, et ils utilisent souvent des variantes ou la marge de théoriques physiques : les champs scalaires des dernières théories permettent des univers-bulles à l’infini (mais pourquoi ?) ; l’hyperinflation des débuts de l’univers pourrait s’être déroulée différemment ailleurs (rien ne l’interdit, rien ne l’y oblige) ; ils pourraient être parallèles ou juste lointains…

La théorie des cordes notamment offre un paysage idéal pour ces univers multiples, avec sa multitude de paramètres possibles. Mais on attend toujours une confirmation expérimentale des cordes ou d’un sous-ensemble. Et justement, parmi les arguments les plus intéressants du multivers figure l’étonnante (improbable ?) coïncidence de paramètres physiques qui permet la vie dans notre univers. Si énormément d’univers possibles existent, sinon tous ceux possibles, il n’y a rien d‘étonnant à ce que nous existions dans un qui soit favorable à la vie, même improbable.

La recherche de trace d’univers passés dans le fond diffus de l’univers ou de variations possibles des constantes fondamentales a fait à peu près chou blanc. À l’inverse on n’a pas trouvé de motif se répétant dans l’univers, il ne semble donc pas sphérique et fini… ou alors à plus grande échelle, et nous ne le saurons jamais.

Bref, sans possibilité d’y aller voir jamais, sans théorie bien établie suggérant fortement l’existence du multivers, on ne peut parler de science quand on évoque le multivers. On tient plus là un concept extrêmement flexible qu’une théorie un tant soit peu travaillée. On extrapole « du connu à l’inconnu, du vérifiable à l’invérifiable ». George Ellis reproche que l’on cherche à établir par des hypothèses théoriques des choses à jamais invérifiables, ce qui est pourtant la base de la science moderne.

Dernier argument massue : le rasoir d’Ockham ne permet pas de créer une infinité d’univers aux paramètres exotiques juste pour expliquer l’existence du nôtre !

Il reconnaît certes un bon argument des défenseurs du multivers : il n’y a pas d’autre explication à notre existence. Il n’a jamais été établi, juste espéré, que les lois de la physique sont « obligatoires ». Mais le choix entre multivers, univers arrivé là par hasard, et univers créé, relève là de la métaphysique. Pas de la science.

Un encadré d’Aurélien Barrau objecte : le sage a raison de se méfier de la spéculation, mais méfions-nous aussi d’un excès de circonspection. Le multivers est un « pari ». Il est en partie réfutable (donc scientifique) car basé sur des théories scientifiques certes non établies, mais testables dans notre monde. On parle certes de probabilité que le multivers existe, mais c’est en fait très souvent le cas en physique. Et il voit le rasoir d’Ockham dans l’autre sens, car des théories suggèrent que le multivers est possible, et l’interdire les compliquerait. Il finit par dire que la physique change en permanence et pourrait accepter un cadre un peu plus spéculatif.

( Avis perso : je n’ai aucune idée de ce à quoi peuvent ressembler les théories de l’inflation ou des cordes et comment en pratique on pourrait en déduire des univers différents. Ça me fascine. D’un côté tirer des conséquence parfois osées de théories (relativité, mécanique quantique) s’est révélé vrai, d’un autre côté cela a souvent permis de montrer qu’elles sont fausses et imparfaites. D’où la nécessité des observations pour valider ou infirmer la déduction théorique. Impossible ici. Et l’idée d’un multivers fatalement là parce qu’il n’y a pas d’autre possibilité défendable me rappelle le « Dieu des manques » qui a reculé à chaque avancée scientifique.
D’un autre côté, si l’on parle effectivement d’univers parallèles causalement inatteignables (ce dernier point sera massivement attaqué par tout écrivain de SF), le résultat de cette spéculation n’a matériellement
aucune importance matérielle, juste philosophique ! )

Divers

  • Didier Nordon met le doigt sur des aberrations étymologiques : un « misanthrope anthropophage » est quasiment une oxymore (et Matyo en rajoute : un vampire est aussi un hémophile…).
  • Du même : nul ne peut juger les hommes et les dire bons ou mauvais, ni certains d’entre autres, forcément juges et partie, ni les animaux que nous avons trop bousculés, ni les extra-terrestres qui pourraient lire toute notre littérature sur eux.
  • Les légumes et fruits surgelés sont réellement sains et bons, mangez-en.
  • La Listeria est une bactérie avec de nombreux moyens d’invasion de l’organisme. Elle pourrait paradoxalement nous servir : génétiquement modifiée pour exprimer des gènes de cancer, elle deviendrait un vaccin anticancer !

dimanche 29 janvier 2012

Verbiage de développeur

Je suis tombé là-dessus il y a peu, je m’en vais traduire, trahir, compléter, mettre à ma sauce le meilleur de ce verbiage humoristique de développeur humoristique plein de sagesse, que pour être franc je n’ai pas vu beaucoup en francophonie :

  • Condition Yoda : condition de la forme if (4 == mavariable) au lieu de l’instinctif if (mavariable == 4). Utile par exemple en C pour parer à certaines failles de sécurité, ou pour ma part (les quelques heures par décennie où je fais du C) à parer au fait que ce ☁#!☠☢☭⚡[1] de langage utilise le tout simple symbole = pour l’affectation et surtout l’autorise en plein milieu d’une condition.
  • Gestion d’exception à la Pokémon : elle est du genre :

try
{
// faire quelque chose
}
catch
{
// si problème on arrive là
}

alors qu’un principe de la gestion des erreurs est de ne pas chercher à gérer une exception dont on ne sait pas quoi faire. Si c’est pour loguer et sortir proprement du programme je comprends encore. Le pire consiste à tout mettre sous le tapis, comme l’ont fait certains Indiens vendus par un très grand éditeur là où j’ai presté il y a plus d’un lustre (c’est du PL/SQL) :

BEGIN
-- fait quelque chose impliquant des INSERT et UPDATE dans les tables
EXCEPTION
WHEN OTHERS THEN
NULL ; -- ignore tout problème et méprise le concept de transaction
END ;

  • Ne faites jamais confiance à un développeur en costard-cravate : disons qu’il a le droit de porter cravate le premier jour, le temps de savoir où il tombe, surtout s’il est dans le service, ou qu’il est parfois obligé. Certains diront qu’un vrai développeur n’ira jamais travailler dans une banque, mais il n’y a pas de place chez Google pour tout le monde, et certains préfèrent avoir un salaire pour payer leur famille que de vivre qu’en start-ups.

Les rapports de bugs issus d’utilisateurs non informaticiens constituent une des plaies du métier. Tout le monde n’a pas compris (même quand on lui explique) que dire « ça ne marche pas » ne constitue en aucune manière une information susceptible de mener à la résolution d’un problème. C’est aussi valable pour une voiture : ce qui ne se constate pas de manière flagrante en quinze secondes d’essai n’est pas un problème facile à trouver. Et encore, tout le monde sait utiliser une voiture de la même manière. Un informaticien non spécialiste d’un domaine ne verra pas que ce taux d’exécution budgétaire de 32% en décembre est farfelu ; dites-lui que ce doit être plus de 90% et il sera déjà mieux armé pour trouver le problème.

  • Smug report (« bug vantard » ?) : bug soumis par un utilisateur qui croit mieux connaître le système que son concepteur, avec des pistes sur la cause du problème, pistes d’autant plus fausses qu’elles sont affirmatives. J’ajouterai que certains utilisateurs sont champions pour faire un lien entre deux événements sans rapport, du genre d’un plantage d’imprimante qui aurait provoqué une erreur dans le logiciel de planification.
  • Drug report (« rapport de drogue ») : rapport de bug incompréhensible, apparemment rédigé sous acide.
  • Bug de Fermat : le rapport de bug contient un commentaire indiquant que la solution a été trouvée, en n’indiquant en rien quelle est sa nature. Très fréquent dans les forums internet.
  • Contre-bug : bug présent comme défense contre un bug que l’on vous présente. Utile dans les guéguerres entre équipes ou (pire) entre fournisseurs.
    « Votre logiciel de compta rame, on pourra pas faire la paye !
    - Ah désolé ma p’tite dame, c’est un bug connu de votre version de votre base Oracle, rappelez-nous quand vous aurez patché. »

  • Bug flottant : bug surnageant dans l’outil de suivi, jamais assigné, ou refilé de personne à personne. Il y a un contournement efficace, le correctif est flou, délicat, trop long, fastidieux, sans intérêt, ou touche à trop de domaines différents avec trop de risques d’explosion par la suite… Bref, ce bug a de bonnes chances d’être ignoré, puis explicitement filtré pour ne pas polluer les tableaux des responsables de projets, donc de rester des années dans le logiciel jusqu’à ce que tout le monde considère qu’il s’agit du fonctionnement normal.
  • Heisenbug (mon préféré) : bug qui change quand l’observe.
  • Schrödinbug : comme le chat de Schrödinger, le bug oscille entre l’existence et la non-existence (le résultat du programme est souvent correct) jusqu’à ce qu’un développeur inconscient soulève le capot et regarde. Le bug devient alors permanent.
  • Bug de Higgs : bug dont l’existence n’est suggérée que par quelques entrées dans les logs et de vagues mentions anecdotiques. Impossible à reproduire sur une machine de dév’ car en fait on ne sait pas trop ce qui se passe. Pour le débuguer il faudra investir dans des systèmes de surveillance très lourds.
  • Bug du Loch Ness : bug qui n'a été rapporté que par une seule personne.
  • Hindenbug : bug d’ampleur catastrophique, du genre qui fait crasher en flamme tout le projet.

  • Bug OVNI : bug reporté encore et encore par des clients à qui l’ont a pourtant montré qu’il n’existe pas.
  • Mandelbug : bug tellement complexe que son occurrence ne semble pas déterministe, c’est-à-dire chaotique.

  • Bug d’apprenti sorcier : bug (en général dans un protocole de communication, une boucle…) menant à la génération de nouveaux messages, objets buggés, qui eux-mêmes en génèrent d’autres… menant ainsi soit à l’invasion de l’univers par les bugs, ou plus probablement, les ressources informatiques ou autres étant finies, à l’effondrement du système du bug.
  • Bug Excalibur : le bug que tout le monde a essayé de corriger, en vain jusqu’ici.
  • Bug vital : les utilisateurs considèrent que le bug fait partie du fonctionnement normal du logiciel, voire basent une partie de leur fonctionnement dessus. Ils refuseront que cela change même si on leur montre qu’ils font n’importe quoi ou que le bug est une faille de sécurité béante.
  • Fonctionnalité : It’s not a bug, it’s feature, selon Microsoft, ou plutôt (selon Apple dès 1979) un « bug décrit par le marketing ».
  • Refucktoring : retravailler un code peu maintenable mais fonctionnel pour le massacrer complètement et y introduire plein de bugs. En général le code sortira n’en sortira pas plus maintenable, mais bien plus boursouflé et moins fonctionnel.

À propos des différents types de code que l’on peut rencontrer (parce que le code informatique est à peine moins marqué que la littérature par les questions de style) :

  • Code spaghetti : tellement plein de GOTOs, d’exceptions, de threads… et autres branchements non structurés, que suivre le déroulement de ce code est aussi fastidieux que de démêler un spaghetti dans une assiette pleine.
  • Code spaghetti avec des boulettes de viande : comme précédemment, avec des morceaux de tentative de structuration.
  • Code baklava ou code lasagne : du code avec beaucoup (trop) de couches d’abstraction empilées. Je dirais que N développeurs produiront souvent N couches de code.
  • Code ravioli : code objet consistant en un petit nombre d’objets faiblement liés (en soi, une bonne chose).
  • Code andouillette : code qui pue et dont on ne veut pas connaître la composition.
  • Château de carte : touchez une chose, tout s’effondre.
  • Hydre : chaque correction de bug en engendre deux autres.
  • Code balafré : plein de cicatrices à cause de toutes les rustines qu’on y a appliqué.
  • Code mort : toujours là mais commenté, ou (pire) jamais appelé.
  • Assurance contre le licenciement : code tellement obscur et bardé d’historique que la personne chargée de la maintenance a l’assurance de ne jamais être virée. Les effets pervers sont : l’impossibilité de changer de boulot et donc de monter dans la hiérarchie pour la même raison ; et le risque que la mise à la retraite du logiciel implique le licenciement immédiat du mainteneur qui ne servait plus qu’à ça et n’a pas suivi la montée en compétence de ses collègues.
  • Ghetto : partie du logiciel où personne ne va, avec ses lois obscures, et qui doit faire des choses pas catholiques, mais qui ne gêne pas le reste.
  • Code copier-coller : code de débutant qui n’a pas compris le concept de fonction ou de procédure, bref de réutilisation.
  • Palimpseste : comme les parchemins du Moyen Âge, un code avec beaucoup d’historique révèle en creux bien des pans de son histoire, par exemple des tailles maximales de certaines informations ou certaines structures de données liées à des contraintes sur des applications depuis longtemps oubliées.
  • Développement défensif : manière de programmer consistant à considérer que Murphy s’attaquera activement au logiciel, ce qui mène à ne considérer aucune entrée comme sûre, à tout retester, etc. Pas forcément un mal dans certains milieux où la paranoïa est reine : médical, aéronautique...
  • Protoduction : prototype que l’on teste directement en production. Pas forcément un mal, parfois le seul moyen de tester même, quand on en est conscient. Catastrophe annoncée si les managers ont imposé qu’une maquette soit promue en prod’ sans même que le développeur en soit informé (évidemment, la responsabilité de tout problème lui retombera dessus).

Notes

[1] Vous saviez qu’il y avait tous ces symboles dans Unicode ? Je viens de découvrir (merci Wikipédia).

mercredi 11 janvier 2012

URGENT : Mobicartes à vider intelligemment

Appel à tous les lecteurs (oui, les deux là au fond) : pouvez-vous m’aider à résoudre ce problème ?

Étant données deux mobicartes qui débordent de crédits[1], comment les vider de la manière la plus intelligente possible avant la migration vers le nouvel opérateur ?

Je vois deux possibilités :

1) Le don par SMS à une œuvre quelconque, mais apparemment ça n’a été possible en France qu’au moment du tsunami indonésien. Les seules possibilités que j’ai trouvées avec Google concernent la Suisse ou la Belgique, pas la France. Je me contrefiche qu’il n’y ait pas de reçu fiscal.

2) Les systèmes de remboursement de forfait, par exemple remboursetonforfait.com : le principe consiste à appeler un numéro surtaxé pour vider le forfait, et on est crédit d’une partie de la somme. Il y a pas mal d’intervenants sur ce marché qui pue l’amateurisme même si certains ont l’air plus sérieux. En désespoir de cause j’essaierai, j’ai rien à perdre.[2]

Si quelqu’un a une meilleure idée, je suis preneur… Et je ne dois pas être le seul.

Il est hors de question de ne pas vider ces Mobicartes d’au moins l’essentiel.

Notes

[1] Nous sommes de petits consommateurs peu bavards qui préfèrent tchatcher sur un téléphone fixe gratuit plutôt que sur un mobile.

[2] D’ailleurs leur business plan risque de souffrir si Free Mobile ratisse tous les petits consommateurs aux forfaits bloqués surdimensionnés.

lundi 9 janvier 2012

« Le Tour du monde en quatre-vingt jours » de Jules Verne

Ce grand classique a 140 ans, mais se lit encore bien. Stylistiquement, il faudra être miséricordieux, on est très loin de Balzac ou encore de Zola, mais après tout c’est aussi le style de l’époque. Les péripéties ne dépareraient pas un film hollywoodien finalement.

J’adore ces livres qui sont la marque d’une époque, de notre civilisation mais avec un parfum d’étrangeté, de mentalité différente. Je passe vite sur le colonialisme (les indigènes indiens et indiens des deux continents rencontrés sont surtout des barbares), le sexisme (la jolie princesse, personnage en fait à peine ébauché, tombe amoureuse de son sauveur), le paternalisme (Passepartout est un serviteur modèle qui admire son patron sévère-mais-juste), et des pointes de chauvinisme (quelques « cocoricos » sur des réalisations françaises parsèment le livre, bien que Verne ait choisi un héros anglais et qu’il admire manifestement sa nation).

Jules Verne n’exploite pas non plus vraiment la « couleur locale » à part peut-être en Inde (le sauvetage de la belle) et en Amérique (l’attaque du train). Il est vrai que Phileas Fogg d’une part préfère le bateau, peu propice au tourisme, d’autre part fait partie de ces gens « qui font visiter les pays où ils passent par leur serviteur » — un rien énervant pour nos mentalités.

En fait ce qui m’a le plus frappé est le vocabulaire : bank-note, steamer (bateau à vapeur), railroad ou railway pour le train, hautes technologies de l’époque venues d’Angleterre ou Amérique. Une leçon pour notre propre futur qui se purgera de quelques abominations actuelles ?

Je me disais au départ que c’était un peu tôt pour le donner au fiston, à cause du vocabulaire notamment, mais on va tenter l’expérience. (Ajout postérieur : C’est raté, ça plaît pas.)

jeudi 5 janvier 2012

« Science & Vie » de décembre 2011 : Neanderthal Park, effets secondaires, feux de charbon

(Ante scriptum : Bonne année et bonne santé à tous mes lecteurs réguliers, enfin, celui qui n’aura pas quitté la blogosphère pour Fesse-bouc, Gogue Pus et autres obscénités dont je n’ai toujours pas trop capté l’intérêt.)

Bon, je m’étais dit que ce numéro-là je pourrais le chroniquer alors qu’il est encore en kiosque. La pile des choses à faire grossissant sans cesse, c’est encore râpé.

En vitesse, pendant que dort la ’tiote, des choses notables dans ce numéro à se rappeler :

  • Les enfants Cro-Magnons dessinaient aussi dans les grottes, avec leurs petites mimines. Le sens de leurs gribouillis n’est pas clair mais je ne sais pas s’il faut chercher bien loin.
  • Les racines des arbres influencent le lit des rivières. Le cours des rivières d’avant 360 millions d’années (date d’apparition des arbres) était beaucoup moins stables qu’après. Les racines fixent les berges. (J’ai toujours trouvé fascinantes les interactions entre géologie et espèces vivantes. La Grande Oxydation en est une, celle-là est plus subtile.)
  • Les maladies chroniques deviennent les principales causes de mortalité, y compris dans les pays en voie de développement : inactivité physique, surpoids, tabac, alcool… Nombre de pays pauvres ont déjà des maladies de riche, et pas les moyens d’y faire face.
  • Peut-on faire revivre des mammouths ? L’homme de Néanderthal ? Des dinosaures ?
    L’article tente vraiment de nous convaincre que c’est possible, et il y a des chercheurs optimistes. Mais l’ADN est déjà en kit dans les mammouths congelés retrouvés en Sibérie, alors pour ce qui est d’espèces complètement pétrifiées et dix ou dix mille fois plus anciennes… De plus, le problème de la mère porteuse du bébé mammouth n’est pas résolu : l’insémination artificielle d’éléphante est déjà un exploit.
    Pour le Néanderthal, des obstacles éthiques majeurs apparaissent.
    Au mieux, un « pouletosaure » pourrait apparaître, simple piaf dont on aurait réactivé de vieux gènes jurassiques lui rendant queue et dents.
    Enfin, que faire de ces espèces dont l’environnement aura disparu ?
  • Les effets secondaires des médicaments ont un bon côté : ils peuvent servir à traiter d’autres maladies que celle prévue au départ, et l’effet indésirable pour un malade sera bénéfique pour le malade à la pathologie inverse. L’aspirine peut provoquer des hémorragies, ce qui en fait un bon anticoagulant ; et le Viagra, médiocre dans le traitement de l’angine de poitrine, a révélé des effets secondaires intéressants…
    Des chercheurs américains ont entré dans une base de données médicaments, effets secondaires, maladies, et ainsi pu repérer des substances potentiellement intéressantes dans des cas à l’origine non prévus. L’intérêt est énorme, aussi bien du point de vue de la réduction des coûts et des délais de mise sur le marché (on étend la prescription d’une molécule déjà connue et testée), que pour le soin des maladies orphelines (non rentables car trop rares).
    Bref, un bon exemple de systématisation et d’industrialisation.
  • Quelques émouvants exemples des « robots qui refusent de mourir », beaux témoignages de l’ingéniosité humaine et du travail des ingénieurs quand on les laisse faire leur travail : Pioneer 6 tourne autour du soleil depuis 1965 et émettait encore en 2000 ; Opportunity devait fonctionner trois mois en 2004 mais continue d’explorer mars depuis ; et Voyager 1, lancé en 1977, après avoir rempli sa mission autour de Saturne et Titan en 1980, continue de nous renseigner sur les limites du système solaire.
  • Histoire de désespérer un peu plus dans la lutte contre le réchauffement climatique, un article s‘étend sur les feux de charbon : pas ceux allumés pour produire de l’électricité ou chauffer des maisons, mais de mines entières qui se consument petit à petit, parfois depuis des décennies voire bien plus, polluent des régions entières, provoquent des affaissements de terrain, en Chine, en Australie, aux États-Unis… Une fois démarrés, parfois naturellement (il suffit que l’air soit en contact avec le charbon sous-terrain pour qu’un jour cela brûle), ces feux sont encore quasiment impossibles à éteindre. Un gaspillage insensé qui, avec les incendies de tourbières (oui, ça aussi), représentent une part notable des émissions de CO2 humaines.
  • On se frotte les yeux quand on est fatigués à cause de l'assèchement du film de larmes protégeant l’œil. La fatigue réduit la fréquence des clignements d’œil, il faut une pression des doigts pour stimuler les glandes. Mais point trop n’en faut.

vendredi 9 décembre 2011

Nestlé m’énerve

Bon, c’est pas nouveau, j’avais déjà été écœuré par la composition d’un de leurs petits pots pour bébé.

Cette fois c’est à propos de Babivanille, une poudre aux céréales à rajouter dans le lait pour pousser la petite à finir son bib’ du matin quand elle chercherait plutôt à aller jouer, bouquiner ou à se rabattre sur le mélange de jus d’orange, pomme et carottes.

Composition : 3/4 de céréales, un peu de sucre (on a vu pire), des vitamines… et un truc qui fait tache : « huiles végétales »

En général, quand un fabricant indique pudiquement ça, c’est pour dire que ce n’est pas du beurre, et pour éviter de dire que c’est de l’huile de palme, dont la réputation est catastrophique, pour des raisons aussi bien écologiques (déforestation) que nutritionnelles.

Je me dis que je vais la jouer naïve en posant direct la question sur leur site web, bebe.nestle.fr. Déjà je ne m’y sens pas à l’aise, la cible est clairement féminine, il semble qu’il ne soit pas arrivé au cerveau de tout le monde que Monsieur de nos jours est censé s’intéresser autant aux mômes que leur mère. Mais les marketeux qui commandent ces sites ciblent uniquement ceux qui les consultent principalement, le militantisme ils s’en fichent. Bref.

Rien sur la composition sur la page dédiée au produit, ils disent juste que c’est 38% moins sucré que les poudres classiques. S’ils comparent à leur propre Nesquik dont le sucre est le premier ingrédient, il n’y a pas de quoi se vanter. En tout cas pas un mot sur l’huile végétale.

Le seul bouton que je vois pour poser une question est un « Nous contacter » tout en bas. Je clique ensuite sur « Contactez-nous en ligne». S’ensuit une page qui me demande mon email. Très bien… ah mais non, c’est pour m’inscrire à leur site ! Par curiosité et peut-être masochisme, je clique sur « Pourquoi m’inscrire ? ». En réponse on veut savoir les dates de naissance de mes bébés ! Et aussi si je veux être avertie (je suis clairement pas le bienvenu !) de diverses offres promotionnelles.

J’en suis resté là. De toute façon la composition est sur le web en fouillant un peu, et il y a bien de la palme.

Y a pas de raison que mon avis change sur Nestlé, qui a tout de la grosse multinationale tête à claques qui aurait dû être dissoute après le scandale du lait en poudre lourdement promu dans les années 1970 à des Africains loin d’avoir tous sous la main l’eau saine adéquate. Ça semble continuer encore, Attac a tout un dossier à charge sur eux. Mais pas facile de boycotter ce monstre, ils sont partout (diantre, même les After Eight !).

Et puis surtout ils ont tué Groquik, et ça ceux de ma génération ne pourront pas le pardonner.

Je me demande s’il y a un équivalent au magasin bio du coin, ou si elle peut se passer de ça. J’ai bien réussi à me sevrer du Nesquik après une remarque de mon médecin sur mon taux de cholestérol :-)

jeudi 24 novembre 2011

« Science & Vie » de novembre 2011 : nucléaire sûr au thorium ; neutrinos plus rapides que la lumière ; animaux-plantes

Science & Vie 1130 de novembre 2011

Un bon numéro du magazine le plus « sciensationaliste »[1] :

Les centrales nucléaires au thorium

Les centrales nucléaires actuelles fonctionnant sous pression avec de l’uranium ne sont pas le seul modèle de centrale nucléaire (basée sur la fission exothermique de certains éléments).

Il y a pléthore de modèles possibles. Celui utilisant l’uranium n’est pas le moins mauvais, mais pas le meilleur du point de vue économique et sécuritaire. La lourdeur de développement des technologies nucléaires nous a en effet « verrouillé » avec le modèle à l’uranium : conçu à l’origine pour fabriquer des bombes, puis amélioré pour être embarqués sur des sous-marins, un milieu où la compacité est reine, le modèle à l’uranium était donc éprouvé et fiabilisé quand on a pensé au nucléaire civil. Il a donc emporté d’emblée le morceau sans que l’on étudie sérieusement les autres options, notamment le réacteur liquide au thorium.

Ce dernier fonctionne selon le même principe, mais en pratique très différemment :

  • le thorium (et non l’uranium ou le plutonium), bombardé par des neutrons, se transforme en uranium 233, et dégage de l’énergie ;
  • il n’y a pas besoin de maintenir le système sous pression (dans les réacteurs actuels à 155 bars, la moindre fuite est une catastrophe) ;
  • le thorium barbote dans une soupe de sels fondus à 800°C, liquide ;
  • on peut rajouter petit à petit le thorium, et extraire les matériaux fissiles produits, il y a donc beaucoup moins de matières dangereuses dans le cœur que dans les réacteurs actuels où les barres d’uranium sont utilisées puis remplacées en bloc ;
  • les matériaux produits sont beaucoup moins pratiques pour construire une bombe A (cela reste possible) ;
  • et ils sont beaucoup moins nombreux (donc moins de déchets) ;
  • pas de problème de refroidissement, la cuve se vide par gravité.

Une énergie nucléaire presque propre, sans danger ? Trop beau pour être vrai. Et si tout de même... ? Restent quelques obstacles à surmonter : une phase liquide pas dans les habitudes du milieu ; une température très élevée ; et surtout une fabuleuse résistance au changement de la part des constructeurs de centrale... qui n’auront peut-être pas le choix pour s’adapter. (Du moins en France, la Chine et l’Inde construisent des centrales à tour de bras.)

Quant aux coûts de construction, je n’en ai aucune idée. Je dirais naïvement que si les mesures de sécurité sont allégées, le réacteur étant structurellement sûr, cela se ressentira sur le coût de construction.

Doit-on investir là-dedans au lieu de la fusion ? au lieu des énergies renouvelables ? en même temps que ces énergies ?

Des neutrinos plus rapides que la lumière

Ça avait fait grand bruit il y a quelques semaines : l’expérience OPERA a trouvé des neutrinos se déplaçant un rien plus vite que la lumière. Science & Vie détaille l’expérience et le contexte. Notamment : la relativité ne dit pas que la vitesse de la lumière dans le vide est indépassable, mais qu’il existe une vitesse limite et invariante avec l’observateur. Or on a justement mesuré que la lumière dans le vide satisfait ce critère, avec une précision « diabolique », et on a donc vite identifié la vitesse de la lumière à la limite absolue c.

Puis viennent les réflexions des responsables, et ce que cela inspire aux autres sommités du milieu. Cela va de :

- « je n’y crois pas », « on l’aurait déjà vu dans d’autres expériences », « j’ai déjà vu trop d’anomalies finir par s’évaporer », sous-entendu : il y a un effet subtil qui n’a pas été pris en compte (pas forcément évident et potentiellement très intéressant d’ailleurs) ;

- à « cela met par terre toute la physique », car la relativité restreinte a été montée pour préserver le principe de causalité ;

- en passant par « c’est stimulant », sous-entendu : ça s’explique avec des dimensions supplémentaires, la théorie des cordes, bref c’est un nouveau champ de recherche.

Rappelons que :

The most exciting phrase to hear in science, the one that heralds new discoveries, is not “Eureka!” (I found it!) but rather, “hmm.... that’s funny…”

La phrase la plus excitante à entendre en science, celle qui annonce de nouvelles découvertes, n’est pas « Eurêka » (j’ai trouvé !), mais plutôt « Tiens, c’est marrant… »

(Attribué à Isaac Asimov, un des Grands Anciens de la SF de l’Âge d’Or)

Donc de cette expérience peuvent découler aussi bien un correctif d’une ligne dans un subtil algorithme de calcul en Fortran, une découverte scientifique obscure qui n’intéressera que les géomètres du CERN, une avancée permettant à terme des outils plus qu’utiles comme le GPS[2] ou le laser, ou bien une théorie ravalant la relativité au rang d’approximation moins imprécise que la gravitation de Newton, et permettant le voyage plus rapide que la lumière (ou pas).

Il faut bien garder à l’esprit que ceux qui ont trouvé cette vitesse « impossible » ne sont pas des guignols qui ont oublié de prendre en compte la rotondité de la Terre ou la dérive des continents. L’article est gratuitement en ligne (abstract, PDF complet). Je n’irais pas prétendre que j’y ai tout compris, ni même tout lu, mais tout de même trois remarques :

- pour qu’autant de gens a priori sérieux aient signé une publication aussi iconoclaste, après des mois d’analyse, avec le risque du ridicule si l’erreur est simple, c’est que l’explication de l’écart n’est pas triviale ;

- la forme et le vocabulaire scientifique de haut niveau sont vraiment complètement déconnectés du niveau du commun des mortels, même de l’ingénieur de base : ils ne disent pas pas qu’ils ont trouvé une vitesse de 299 799,9 ± 1,7 km/s (au lieu de 299 792 458,0...[3]), mais (merci Wikipédia) :

(v-c)/c >0

- ils ont pensé à énormément d’erreurs de mesure possibles, le calcul des marges d’erreur est même l’essentiel du papier. Il y a par exemple les mesures des écarts de distance avant et après un tremblement de terre en Italie.

La fin de la conclusion est aussi son passage le plus spéculatif et débridé :

In conclusion, despite the large significance of the measurement reported here and the robustness of the analysis, the potentially great impact of the result motivates the continuation of our studies in order to investigate possible still unknown systematic effects that could explain the observed anomaly. We deliberately do not attempt any theoretical or phenomenological interpretation of the results.

Tentative de traduction : En conclusion, malgré la grande importance des mesures rapportées ici et de la robustesse de l’analyse, l’impact potentiellement énorme du résultat motive la poursuite de notre étude pour enquêter sur d’éventuels effets systématiques encore inconnus qui pourraient expliquer l’anomalie observée. Délibérément, nous ne chercherons aucune interprétation théorique ou phénoménologique des résultats.

Les animaux-plantes

Jusqu’à il y a peu, on ne connaissait pas de vertébré vivant en symbiose avec une algue, juste des une limace, une méduse… Une salamandre abrite pourtant une algue dès l’œuf. Cette précocité est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle le système immunitaire de l’animal tolère l’algue. Peut-être utile à l’œuf, la capacité de photosynthèse ne sert pourtant pas grand-chose à la salamandre adulte qui vit à l’ombre.

Les premiers essais commencent mais il va être très difficile de recréer le phénomène avec d’autres animaux. Vivre de soleil et d’eau fraîche serait pourtant pratique — et écologique.

Notes

[1] Il y a plus racoleur, mais le contenu scientifique est alors beaucoup plus sujet à caution.

[2] Imaginez le casse-tête des ingénieurs chargés de déboguer les premiers GPS si Einstein n’était pas passé par là...

[3] Par définition de la seconde, cette valeur est exacte.

mardi 11 octobre 2011

Seuls dans l’univers ?

Ce qui suit s’appuie sur l’article d’Howard Smith sur la possibilité d’une vie intelligente dans notre coin de la galaxie, paru dans le numéro d’octobre 2011 de Pour la science (mentionné ici et encore en kiosque quand paraîtra ceci).

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samedi 8 octobre 2011

« Pour la Science » d’octobre 2011

Allez, encore un « petit » numéro.

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dimanche 2 octobre 2011

« Pour la Science » de septembre 2011 : (2) Principe de Peter & promotion au hasard

Second article intéressant dans ce numéro de Pour la Science, et il est délectable.

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jeudi 29 septembre 2011

« Pour la Science » de septembre 2011 : (1) La pensée façonnée par la langue

« Petit » numéro au final, où flottent quelques perles, dont un article sur la langue qui influence la pensée (ci-dessous) et un sur le principe de Peter (à la prochaine émission).

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