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Science et conscience

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

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mercredi 22 mai 2013

« Pour la Science » de mai 2013 : complexité, créativité, médecine chinoise

Notes rapides sur le dernier numéro avant qu’il ne soit chassé des kiosques, et avis personnels en italique :

Créativité

La créativité humaine, la capacité à innover de façon continue, ne remonte pas à si loin, mais la date fait débat. Les fossiles africains montrent des évolutions culturelles, puis des régressions apparentes pendant des dizaines de milliers d’années.

La taille du cerveau n’est pas un critère suffisant pour être créatif, il faut savoir utiliser ces neurones et les interconnecter. Les individus actuels les plus créatifs sont de grands rêveurs, dont l’esprit vagabonde pour faire des analogies inédites avant de revenir au mode analytique habituel. Les neurones plus nombreux rendraient les souvenirs plus précis et pérennes, permettant leur connexion. Un exemple : l’hominidé qui se blesse à un buisson épineux ferait le rapport entre sa chasse et cet épisode via la chair blessée, et aurait ainsi l’idée de l’arme pointue.

Mais l’origine de la créativité humaine pourrait aussi être l’explosion des interactions avec la progression démographique d’il y a 100 000 ans. Une expérience montre que des enfants de maternelle écrasent les singes à des exercices de casse-tête simplement parce qu’ils communiquent, partagent et s’encouragent.

Ah oui : c’est le repos du cerveau, libre de divaguer, qui engendre la créativité. (Pas le stress hystérique de la vie moderne…)

La médecine traditionnelle chinoise

Les traités médicaux chinois remontent bien avant Jésus-Christ, mais les médecins ont traîné leurs racines magiques et religieuses jusqu’au XXè siècle, et les théories étaient aussi fumeuses que celles des humeurs en Europe. La pharmacopée en constitue la colonne vertébrale.

Les gouvernements du début du XXè siècle, puis les communistes, affligés par l’état de leur médecine, admirant les succès techniques occidentaux, traumatisés par les succès japonais, imitateurs de l’Occident, décident de revoir toute cette médecine selon les normes scientifiques. La « médecine traditionnelle chinoise », pratique rationalisée d’inspiration traditionnelle, n’a donc que cinquante ans !

Au moment où la Chine s’ouvre à nouveau, certains Occidentaux découvrent cette médecine, et y voient le contrepoint du poids de la physique et de la chimie trop présents à l’Ouest. Ajoutons les problèmes de traduction, culturels, quelques experts ignares, la fascination pour du savoir millénaire, et un aveuglement parfois délibéré par rejet de la science : la mode prend.

Le gouvernement chinois est déchiré : d’un côté, cette passion occidentale pour sa médecine offre des perspectives d’exportation alléchante ; d’un autre côté il garde pour but d’extirper les superstitions et de rationaliser cette médecine, à l’occidentale. Si les anciens concepts fumeux reviennent en Chine même via l’Occident, on retourne à l’obscurantisme scientifique qui a mené la Chine à sa perte les siècles précédents. Les deux raisons poussent les Chinois à vouloir garder le contrôle sur l’enseignement de leur médecine, et n’en facilitent pas l’évaluation raisonnable.

Complexités

Bon cru pour l’article de Delahaye. Pour certains, ce seront des évidences réchauffées, mais j’ai une question existentielle de moins dans ma tête.

D’un côté il y avait la complexité de Kolmogorv, où un objet pouvait être résumé au plus petit programme capable de le générer. En première approche, un zip d’un fichier estime cette complexité, elle est minimale dans les objets répétitifs, faible dans une fractale (le programme est simple), et maximale dans un nombre aléatoire, un circuit imprimé…

La profondeur logique de Bennett complète cette approche en tenant compte du temps de calcul nécessaire à ce programme : les motifs répétitifs restent simples ; les suites aléatoires, programmés d’une simple recopie de chiffres, redeviennent simples ; par contre la fractale ou le circuit imprimé exigent de longs calculs pour être reconstitués.

Suit un parallèle avec les arbres biologiques de créatures vivantes (indéniablement complexes), qui suivent un très long temps d’évolution/calcul. En conclusion : « On peut même rêver d’aboutir à une compréhension théorique profonde du développement de la complexité de l’univers et du vivant, qui rendrait définitivement caduques les élucubrations des créationnistes de l’Intelligent Design. » (Personnellement, je doute que des équations mathématiques les convainquent…)

Divers

  • Le cœlocanthe, ce poisson si proche des ancêtres des tétrapodes, redécouvert au XXè siècle alors qu’on le pensait disparu avec les dinosaures, ne survit pas en captivité. Des plongeurs sont allés le voir dans son milieu (chapeau pour les heures de paliers de décompression à subir) : c’est une bestiole placide, au métabolisme très lent, et curieuse.
  • Pas compris grand-chose aux résultats de la mission Planck, sinon que le satellite a réussi l’exploit de mesurer une température proche du zéro absolu dans les profondeurs les plus lointaines de l’univers, avec un cent-millième de degré de précision. Les résultats vont servir à invalider certaines théories de physique très fondamentales.
  • On aurait trouvé un fossile de Néandertalien métis : ADN mitochondrial néandertalien, menton d’homme moderne !
  • La physique quantique en une minute, c’est possible !
    Sympa, mais franchement, pas beaucoup d’infos de plus que dans une page écrite. Et à un débit qui ne rend pas forcément facile la mémorisation pour qui tout cela n’est pas déjà une évidence. Enfin, si ça peut aider certains…
  • On sait mettre au point du béton flexible : capital pour les zones sismiques !

mardi 2 avril 2013

« Pour la Science » d’avril 2013: étoiles noires, Gulf Stream, Internet pour les crédules

Pour la Science, avr. 2013C’est dingue, je suis arrivé à finir ce numéro avant même la fin du premier jour du mois. Non, ce n’est pas un poisson. D’ailleurs le poisson du numéro, il faudra le chercher dans les contrepèteries.

Petit numéro quant à mes critères. Retenons ce qui suit :

Didier Nordon

Rien, sinon le désespoir à l’idée qu’il ne comprendra jamais le monde, ne peut expliquer le geste d’un homme qui décide de se spécialiser.

Avis perso : tout à fait mon cas. Je désespère de ne pas connaître toutes les branches de l’informatique, je me spécialise de fait dans la partie qui me fait manger avec les outils qu’on m’impose, et j’ai abandonné tout résistance[1].

Abeilles

  • Les abeilles sont en voie de disparition pour de multiples causes (toutes de notre faute probablement) mais ne sont pas les seules bestioles qui pollinisent les plantes, et les abeilles sont loin d’être les plus efficaces. Ça c’était la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que les autres espèces pollinisatrices en question sont aussi en voie de disparition, et surtout depuis 1970 (aux États-Unis au moins).
  • Pendant ce temps, une équipe américaine cherche à créer des essaims d’abeilles artificielles. Le robot lui-même est faisable, mais les batteries restent à mettre au point, et surtout : comment programmer un essaim ? De manière probabiliste ? Les théoriciens de l’informatique ont encore du boulot.

Internet fait le lit des croyances

Gérald Bronner, sociologue, remarque que grâce à Internet, n’importe quelle idée peut acquérir une masse critique suffisante pour que les personnes intéressées y trouvent de quoi conforter leurs croyances. Sans même se confronter aux idées opposées (on ne lit pas tous les liens que Google renvoie), surtout si on ne les cherche pas.

Répondre point par point aux arguments plus ou moins sérieux ou cohérents peut être un travail à plein temps car ils sont parfois très nombreux (11 septembre, mort de Michael Jackson, homéopathie…), et les spécialistes et personnes informées (avec les données) ont souvent autre chose à faire. On ajoute la concurrence entre médias qui les pousse au sensationnalisme (le contraire de l’esprit scientifique), et l’esprit peu préparé se noie vite.

(Ajout perso : ajoutons la méfiance envers les experts, et les rôles intéressés dont on accuse parfois ceux-ci. Pas étonnant que quiconque a un brin de paranoïa trouve de quoi justifier n’importe quoi. On est tout de même très loin en général de TimeCube.

Mes sites préférés dans la guerre contre la crédulité humaine : dans le genre dézingage sans pitié, Nioutaik (voir notamment le massacre de la Révélation des pyramides ou des complots du 11 septembre), et, dans un registre plus sérieux et structuré, l’Observatoire zététique et Skeptic.

Je reste aussi d’avis que l’incompétence et le j’m’en-foutisme intrinsèques à toute grande organisation, la sous-estimation des capacités de nos ancêtres et de leur nombre, la recherche immédiate du profit, l’ignorance par le grand public des règles les plus basiques des maths, de l’histoire, ou de la science (niveau Renaissance)… expliquent tout bien mieux que d’hypothétiques complots internationaux à grande échelle. )

Divers

  • Vus les plumes sur les fossiles, les premiers oiseaux avaient sans doute quatre ailes. Gênant pour marcher.
  • Un des objectifs du Deuxième Plan national santé environnement : réduire de 30% d’ici 2015 les particules fines (cancérogènes) émises par le chauffage au bois (foyers ouverts), ou les transports. (Encore une pierre dans le jardin du diesel…).
  • Tous les animaux, apparemment, dorment, même la drosophile. En fait, on ne sait pas vraiment à quoi sert originellement le sommeil.
  • De la cosmologie théorique un peu planante : les « étoiles noires », créées au tout début de l’univers par la matière ordinaire et des neutralinos. Ces derniers, dont l’existence sortie de modèles mathématiques reste à prouver, constitueraient peut-être la fameuse matière noire mal définie qui constitue 90% de la masse de l’univers. Les premières générations d’étoiles auraient utilisé l’énergie due aux désintégrations entre neutralinos pour se constituer (le neutralino est sa propre antiparticule : quand deux se rencontrent, ils deviennent photons), ce qui leur aurait permis d’atteindre des masses de millions de masses solaires, et d’expliquer ainsi l’existence de trous noirs supermassifs. Et ceci avec le minimum d’hypothèses sur la nature de matière noire.
  • « Le Gulf Stream : tempère-t-il vraiment l’hiver européen ? » : Le titre donne dans le sensationnalisme (le Gulf Stream n’expliquait-il pas que les Bordelais aient un climat bien plus clément que les New-Yorkais ? on nous aurait menti ?) mais l’article est plus prudent. Si les calculs et modèles récents donnent une certaine importance aux vents, l’eau reste un bien meilleur vecteur de la chaleur que l’atmosphère, et le Gulf Stream continuera probablement longtemps à faire partie de la cellule de convection géante qui amène la chaleur des tropiques aux zones tempérées. Des balises ont été jetées à la mer et des modèles calculent pour compléter cela les prochaines années.
  • Les fanatiques de mécanique des fluides s’amuseront avec l’article sur la natation humaine. (Moi j’y ai toujours été allergique. À la natation comme à la méca-flux.)
  • Une équipe japonaise cultive des rétines artificielles à partir de cellules souches. Au mieux, cela rendra une vision de quelques dizaines de pixels à des aveugles, rien de transcendant. Mais dans le futur ?
  • L’article sur l’instinct maternel sous la IIIè République fascine par son machisme et les raccourcis avec les observations dans la nature : soit les femmes sont admirables par leur instinct maternel (vision dominante), et donc destinées à rester au foyer, sans qu’on les fatigue trop par des efforts cérébraux ; soit elles sont mues par cet instinct par pur égoïsme. L’impact sur les luttes politiques de l’époque fascine.

Note

[1] Je bosse à présent sur du Microsoft, c’est dire.

samedi 16 mars 2013

« Pour la Science » de Janvier 2013 : Mer morte, loup domestiqué, monde continu ou discret

À chaque fois que je lis mon magazine préféré, je me dis que je vais essayer d’économiser le temps de chroniquer celui-ci. Et paf, ça ne rate jamais, il faut que je me souvienne de certains articles, donc que je les résume ici. C’est parti, commentaires personnels comme d’habitude en italique.

Didier Nordon

  • « Sigma de un n sur deux » est plus parlant pour un mathématicien que « la somme des inverses des carrés des nombres entiers. » De même, des mots comme « ontologie » ou « keynésien » permettent de ne pas se laisser submerger à nouveau par tous les détails et d’avancer un peu plus loin. « L’étrange besoin qu’a l’esprit de court-circuiter les détails d’une étape pour pouvoir s’appuyer sur celle-ci confère aux abréviations une étange puissance créatrice. »
    Parallèle à faire avec les fonctions et autres routines en informatique ; ou une documentation souvent inutile quand elle reprend ce qui est déjà noté clairement en code informatique.
  • Pour passer pour un oracle, il ne faut pas être nuancé et capable de changer d’avis, mais carré, inflexible et inébranlable, et on vous écoutera. « Le monde n’écoute que les sourds. »
    Éternel dilemme entre les principes et le réalisme. Pour que les réalistes ne bradent pas trop les principes, ne faut-il pas quelques têtes de mules qui leur rappellent ?

Le monde est-il discret ou continu ?

Grave question non résolue, au confluent de la philosophie, des plus audacieuses théories de physique théorique, du Jeu de la vie, de la physique quantique et de Matrix.

Le discret est à la mode à notre époque, et la théorie des quanta (paquets d’énergie aux quantités bien définies, et non continues) semble le justifier. Cependant, David Tong rappelle que ces quantas ne sont, par un « tour de magie mathématique », que des solutions à l’équation de Shrödinger qui, elle, suppose un espace continu.

D’ailleurs en physique théorique fondamentale, il n’y a même pas vraiment de particules, juste des champs.

En conséquence, le seul entier fondamental de toute nos théories physiques est 1, nombre de dimensions temporelles. En effet il n’est pas certain que le nombre de dimensions d’espace soit simplement 3 si l’espace est fractal (dimension non entière). Et le le nombre de sortes de quarks (6) ou autres particules n’est qu’une conséquence des équations des champs. (Le concept de dimensions temporelles plurielles me laisse rêveur, mais il paraît que les théories seraient alors incohérentes.)

Plus pratiquement, aucune simulation numérique ne semble réalisable pour certains phénomènes chiraux en chromodynamique quantique : ils seraient fondamentalement non discrétisables.

Moralité : si nous sommes dans la Matrice, elle est analogique.

Du loup au chien

Le chien descend des loups domestiqués il y a au bas mot 30 000 ans, soit nettement plus tôt que tous les autres animaux domestiques (10 000 ans au plus). Les premiers louveteaux auraient pu être allaités par des femmes, comme cela se voyait encore récemment en Papouasie. Par nature social, un jeune loup se considère alors comme membre d’une horde d’humains. C’est en fait logique : le loup occupait la même place écologique que nous avant le Néolithique : prédateur en meute et sociologiquement, c’est donc déjà l’animal le plus proche de nous.

Sélection artificielle aidant, nous aurions alors obtenu cet animal artificiel, très dépendant de nous, loup éternellement adolescent, qu’est le chien.

La définition du chien en tant qu’espèce est d’ailleurs un exemple du flou sur la notion même d’espèce, car la variabilité entre espèces canines est plus grande que la distance avec le loup. Quant à l’apparence, elle ne veut rien dire (le pékinois est plus proche du loup que le berger allemand !). Espèce à part ou sous-espèce de Canis lupus ?

Un passage laisse songeur : grâce au chien, doté d’un odorat et d’une endurance plus performants bien supérieurs, la chasse de nos ancêtres a été bien plus efficace. Peut-être le chien a-t-il été un atout majeur d’Homo sapiens dans la lutte contre Neandertal, lequel, justement, a disparu peu après cette domestication…

Divers

  • La Mer Morte se meurt (je sais que les zombies sont à la mode, mais là ça devient zarb’) : les eaux du Jourdain sont massivement détournées par les pays riverains, le niveau baisse d’un mètre par an (!!!), provoquant d’impressionnants et dangereux effondrements circulaires près des rivages. Un projet d’aquaduc depuis la Mer Rouge existe (c’est la saumure résultant du dessalement de l‘eau qui approvisionnerait la Mer Morte), les études sont en cours.
  • Pour un père qui veut diffuser ses gènes, il vaut mieux s’occuper de ses neveux (par sa sœur) que de ses propres enfants (supposés) si le taux d’infidélité dépasse 50%.
    J’adore quand on croise probas, génétique, et morale.
  • On sait à présent mesurer la température d’un plasma quarks-gluons (environ 2 000 milliards de degrés, pendant 10-23 s).
    Non je n’ai compris ni la technique, ni l’utilité immédiate, ni même ce que l’on mesurait.
  • On aurait détecté à une centaine d’années-lumière une planète errante, éjectée de son système solaire.
    Des étapes sur la route des étoiles ?
  • Évaluation entre experts au sein de l’Agence d’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche : plutôt que la nomination en cascade depuis le sommet (politique), ou des critères de « performances » vite générateurs de cercles vicieux, Philippe Büttgen propose purement et simplement… l’élection par les pairs. Transparence n’est pas confiance, et ça se passe bien en Allemagne.
  • Une usine à gaz en préparation au Parlement vise à moduler le prix de l’électricité en fonction de la consommation : -20% sur la facture en dessous d’un quota de base, +10% pour ce qui en dépasse le double. Boris Solier accuse ce système d’être contre-productif, comme cela a été le cas en Californie : le prix moyen, plus bas pour certains, mènera à une hausse de leur consommation, et en général lors des pics. Ensuite, on ne consomme pas moins quand on est pauvre et plus quand on est riche : les gens modestes ont du mal à faire isoler leur logement. Autant aider la rénovation. Enfin, la mise en œuvre sera complexe.
  • Pas d’addiction au sucre : dans les définitions officielles des psychiatres, l’addiction suppose plusieurs critères, dont un conflit entre un désir d’arrêter une consommation, et le désir impérieux de continuer à en consommer, et plus que de raison. On ne pourra donc parler d’addiction au sucre que lorsque la pression sociale sera telle que les gens voudront arrêter le sucre.
  • Australopithecus sediba, découvert en Afrique du Sud, serait-il le véritable ancêtre des Homo erectus (et donc le nôtre) ? Une grotte a livré deux squelettes assez complets, événement très rare, et promet déjà d’autres belles découvertes pour trancher le débat. L’arbre généalogique de l’homme reste dans le détail très discuté.
    J’ai même l’impression qu’ils y rajoutent une nouvelle espèce tous les 3-4 ans : Homo antecessor, Homo heidelbergensis
  • La chronique de Jean-Paul Delahaye s’étend sur ces jeux sérieux qui utilisent l’intelligence humaine de manière massivement parallèle pour des problèmes (encore) inaccessibles aux ordinateurs, par exemple Galaxy Zoo, ou FoldIt, quand ce n’est pas reCAPTCHA pour numériser des livres.
  • La rubrique Science-Fiction détaille l’anatomie de la bestiole d’Alien, et montre que c’est un condensé de toutes nos peurs animales (reptile, insecte, arachnide…).
  • Et la rubrique artistique montre que, géologiquement, le monde de J.R.R. Tolkien est cohérent. On a même les frontières des plaques tectoniques.

samedi 16 février 2013

« Pour la Science » de novembre 2012

Pour ce numéro qui n’est plus en vente, et qui globalement ne m’a pas autant intéressé que d’autres, je vais pour une fois essayer de faire court :

Le bloc-notes de Didier Nordon

Beau festival ce mois-ci :

  • Même les grands mathématiciens de notre époque ne comprennent rien à certains domaines des maths qu’ils considèrent totalement sans intérêt.
  • Évident mais frappant : « donner des exemples est une démarche inverse à celle qui consiste à énumérer ». Si on vous noie sous des listes interminables, c’est que l’idée sous-jacente est banale ou qu’on vous enfume !
  • Didier Nordon rapporte l’exemple d’un physicien russe qui demande l’autorisation de dater au carbone 14 un prétendu morceau de l’arche Noé. Le prêtre arménien accepte : ce serait un bon test pour cette méthode scientifique. Clash des systèmes de pensée.[1]



La conjecture ABC résolue ?

Résolue ou pas, ça ne changera pas votre quotidien. Ne me demandez pas en quoi elle consiste, je n’ai ni compris ni cherché à comprendre. C’est de la théorie des nombres, pour laquelle j’ai toujours eu une certaine allergie.

Je peux juste préciser que cette conjecture permettrait de démontrer le dernier théorème de Fermat plus élégamment que dans la démonstration de Wiles en 1993. Et que la démonstration proposée, par un Japonais réputé, est longue et prendra du temps.

Science & croyance

Une des principales perles du numéro n’est qu’un entretien avec Yves Gingras sur le mélange des genres entre science & croyance, chose un peu trop à la mode ces temps-ci chez de grands scientifiques reconnus.

On est très loin des délires des créationistes des diverses religions, mais la séparation stricte entre science et religion devient poreuse. Le mysticisme ou la spiritualité percent dans un titre comme The God Particle (du Prix Nobel Leon Lederman), ou dans ce qu’à pu écrire Trinh Xuan Thuan (j’avais été choqué du finalisme qui perçait dans Origines, superbe et instructif par ailleurs). Certains rapprochent bizarrement théorie quantique et mystique indienne ou immortalité de l’âme. On peut abuser du « principe anthropique ».

La confusion ne peut que se faire dans le grand public impressionné par l’aura de ces scientifiques éminents. Yves Gingras tire la sonnette d’alarme sur ce mélange des genres encore vu avec indulgence par le milieu scientifique.

Un homme savant a compris un certain nombre de vérités. Un homme cultivé a compris un certain nombre d’erreurs. Et voilà toute la différence entre l’esprit droit et l’esprit juste. L’esprit droit surmonte l’erreur sans la voir ; l’esprit juste voit l’erreur ; et certes il n’y veut pas tomber, mais il y veut descendre.

Alain, Les Vigiles de l’esprit, XXXI

Histoire des sciences : le DDT

En 1962, le Printemps silencieux de Rachel Carson dénonçait les ravages du DDT. C’est l’occasion de revenir sur la prédominance de la chimie dans l’agriculture : si pratique, compensant les faiblesses de la monoculture industrielle, elle semblait invincible. Les diverses influences sociales, la foi aveugle dans le progrès technique, ont fait le reste et ignoré les réserves.

Pourtant, à l’extrême fin du XIXè siècle, aux États-Unis, on avait déjà régulé les pulvérisations de « vert de Paris » dans les vergers : les apiculteurs voyaient mourir leurs abeilles. Il faut croire que chaque génération doit redécouvrir que balancer des produits chimiques en vrac n’est pas innocent, et que les faibles dosages peuvent avoir des effets à long terme. Désespérant.

Divers

  • Les LED blanches vont petit à petit remplacer nos fluocompactes, je n’ai pas cherché à comprendre les détails techniques.
  • Au milieu du magazine, quatre pages de pubs payées par LVMH Cosmétique rapportent un colloque : pavé illisible sans fil conducteur évident et au langage boursouflé (application de la remarque de Nordon ci-dessus).
  • L’épidémie mondiale d’obésité s’étend : plusieurs articles décrivent le coût faramineux, le rôle majeur mais non fatal des gènes, et celui des perturbateurs endocriniens trop utilisés dans notre civilisation.
  • Les dernières recherches sur le cerveau dissocient les circuits du désir (déterminant les actions) et du plaisir. Un drogué agit sans plaisir : quand les deux circuits divergent, il y a maladie mentale, que l’on pourra peut-être mieux traiter à présent.
  • Un paléontologue et un astrophysicien essaient d’interpréter ce que pourraient être les midichloriens[2], si nombreux dans le sang d’Anakin Skywalker. Les Jedis sont-ils des « super-organismes » ? Ce n‘est pourtant pas le numéro d’avril.

Notes

[1] J’avais trouvé un site web d’un fondamentaliste américain qui réinterprétait toutes les incohérences entre Bible et science en prenant bien sûr ses croyances au pied de la lettre : un fascinant exercice de loopings intellectuels.

[2] Une des pires bourdes de Lucas dans Episode I, heureusement non développée par la suite.

dimanche 9 décembre 2012

Questions à la con chez XKCD (7 à 12)

Suite des questions stupides-qui-font-réfléchir sur l’un des sites qui justifient l’existence même d’Internet (premier recueil de résumé-traductions ici) :

  • Tout le monde dehors : Avons-nous assez d’énergie pour faire quitter la planète à toute l’humanité ?. Enfin une question « appliquée ».
    L’énergie nécessaire strictement minimale est l’énergie cinétique atteinte par 7 milliards d’humains d’en moyenne 65 kg dépassant la vitesse de libération terrestre (11,2 km/s), soit 2,8.1018 J, environ 5% de notre consommation d’énergie annuelle. Difficile mais jouable en théorie.
    L’énergie réellement nécessaire dépend du moyen utilisé. Les fusées traditionnelles ne sont pas très efficaces, avec 20 à 50 tonnes de carburant pour 1 tonne de charge utile dans l’espace ! De quoi siphonner toutes les réserves mondiales de pétrole. L’ascenseur spatial serait une option (le matériau reste à inventer) ; ou encore l’utilisation de nos bombes atomiques comme carburant (projet Orion).
  • Jump!: si toute l’humanité se rassemblait dans le plus petit espace possible et sautait ensemble en même temps, la Terre ne serait pas déplacée de la largeur d’un atome (elle est simplement trop grosse pour nous). Par contre, la concentration de sept milliards de personnes sur un territoire de la taille de Rhode Island (équivalent à un petit département français comme le Bas-Rhin) posera de cataclysmiques problèmes de logistiques lors de l’évacuation (on a supposé une arrivée instantanée et miraculeuse), menant au chaos et au décès de milliards de personnes. (Les expériences de pensée ont parfois d’inattendues conséquences.)
  • L’âme sœur : à supposer très romantiquement que nous n’ayons réellement qu’une seule âme sœur chacun, disséminée aléatoirement au sein de l’humanité, mais que l’on saurait reconnaître au premier regard, quelle serait la chance de la rencontrer et de déclencher le coup de foudre ?
    Si on se limite à l’humanité qui a vécu, il y a 90% de chances que l’âme sœur soit déjà morte ; beaucoup plus si on inclut les générations à venir.
    Si on considère que l’âme sœur fait forcément partie des vivants d’âge voisin, ça ne fait plus qu’un demi-milliard de rencontres à faire avant le coup de foudre. Combien d’étrangers croisez-vous par jour ? Même à raison de plusieurs douzaines, ça ne fait guère qu’une chance sur dix mille de rencontrer un jour l’Amour Vrai.
    Industrialiser le problème d’une manière ou d’une autre (SoulMateRoulette) permettrait de rassembler tous les couples en quelques décennies… à condition que chacun s’y consacre à plein temps.
  • Si la Terre tournait de 90°, en mettant par exemple le Mexique au Pôle Sud, et en espérant que les règles de la météo ne soient pas complètement déréglée par des phénomènes aussi bizarres que ceux de la réalité (du genre de l’Amazonie ensemencée par un bout de désert tchadien), après une période d’adaptation la carte du monde deviendrait :
    Le monde basculé de 90°
    La France et l’Antarctique devenues tropicales, Madagascar à notre place, Chine et Inde congelées… Il n’y a guère que le Kamtchatka qui ne change pas.
    PS : J’adore ce genre de renversement de carte, ça change complètement la perspective par rapport à nos habitudes.
  • Se faire chier dans la bouche par un oiseau nécessite en moyenne 195 ans de sieste gueule ouverte ininterrompue. Bon exemple de moyenne stupide vue la répartition totalement non-uniforme des piafs en ce monde.
    Cet exemple débile donne pourtant un bon exemple d’analyse dimensionnelle avec des ratios de nombre de fiente/oiseau et de cm² par bouche, le résultat du calcul s’exprimant en année.
    Avec une analyse du même genre, Randall montre que la consommation d’une voiture, en miles par galon (ou en kilomètres par litre, c’est en fait l’inverse de la manière de raisonner des Européens) peut s’exprimer en mm2, le nombre étant la section du volume d’essence étiré dans un tube de la longueur du trajet.

À suivre…

mercredi 10 octobre 2012

« Pour la Science » de Juin 2012

Je sais, il est périmé. Pas grave, ces notes sont d’abord pour moi.

Comme d’hab’, les avis et commentaires personnels figurent en italique, qui complètent un texte qui tente le résumé objectif et fidèle bien que très partialement partiel.

Didier Nordon...

... note que répondre « je ne sais pas » dénonce l’ignorant, et « on ne sait pas » signale l’homme instruit.

L’espace est-il discret ?

Une expérience en cours près de Chicago, une version inspirée de l’interféromètre de Michelson & Morley ou de LIGO, avec des lasers modernes, tente de montrer que l’espace-temps est discret. Si c’est le cas, cela appuierait la théorie holographique qui pose que le tridimensionnel n’existe pas (voir un article de 2006).

La clé : une masse regroupée dans un volume plus petit que l’échelle de Planck correspondrait à moins d’un quantum d’énergie : impossible. À cette échelle s’arrêtent et la relativité générale et la mécanique quantique. Tout n’est plus alors qu’information à base de 1 et 0, y compris dans le cas très particulier des trous noirs. Et cette information ne disparaît jamais.

Or ladite information (l’entropie) engloutie dans un trou noir est proportionnelle à sa surface — c’est de la 2D. L’univers pourrait lui aussi n’être que de la 2D.

Je ne suis pas sûr d’avoir rendu, encore moins compris, ce raisonnement. Au passage, y a-t-il une mode « tout est information » dans la science moderne, comme auparavant tout était électrique, magnétique... ?

Finalement, si tout se résume à des 0 et des 1 dans une surface bidimensionnelle, nous n’existerions donc que dans un « Jeu de la vie » géant... Sommes-nous juste une simulation ? Quelque part j’avais lu que si une simulation d’un univers est possible, alors nous sommes très probablement dans une de ces simulations. Et au combientième niveau de simulation ?

La Côte des Esclaves

Les royaumes d’Allada, du Dahomey, de Ouidah, aux XVIIè et XVIIIè siècles, occupaient le territoire de l’actuel Bénin. Leur système politique et leur prospérité étaient basés sur la traite des esclaves revendus aux Européens. L’arrêt de la traite au XIXè siècle eut un énorme impact sur leur économie (notamment le début l’exportation d’huile de palme... cultivée par des esclaves), déstabilisa totalement l’ordre social basé sur la coercition, entraîna l’apparition d’impôts.

Tout ça pour dire que l’Afrique d’avant la colonisation avait déjà sa civilisation et ses États, et que l’impact de l’esclavage toucha toute la société.

Divers

  • Une étude montre que les joueurs de football ne truquent pas tant que ça leurs chutes (l’arbitre finit par se méfier). Tiens, ça me rappelle les sumos tricheurs de Freakonomics.
  • Faut-il détecter systématiquement le cancer de la prostate ? Comme l’évolution est lente, le traitement peut apporter plus d’inconvénients que de bénéfices. Et combien de cancers dans nos cellules, jamais détectés, qui ne feront jamais parler d’eux ?
  • L’article de Jean-Paul Delahaye traite de cryptographie visuelle. C’est à base de masques jetables.

vendredi 5 octobre 2012

« Fables scientifiques » de Darryl Cunningham

Je dois avouer une certaine déception à la lecture de cette BD. Ce n’est pas une histoire, mais une mise en images de quelques mini-essais sur divers délires anti-scientifiques. Le total du texte tiendrait dans un gros article de blog, et honnêtement j’ai peu vu l’intérêt des images (ah si : le pingouin est sympa). Aucun humour.

Chiropractie, tenants du faux débarquement sur la Lune, sceptiques du réchauffement climatique, créationnistes : ce sont les cibles. Cunningham n’a pas de formation scientifique mais a compris comment elle marche, ce qui la distingue de la foutaise, et comment elle se fait ridiculiser par des médias stupides, au mieux partisans de donner tous les points de vue, au pire influencés par des groupes de pression sinon achetés, ou au moins soucieux accros au sensationnel sans aucune notion de comment marche la science.

De là à convaincre les sceptiques ou ceux qui s’opposent à la vaccination, je doute. Il donne des arguments mais les opposants ont aussi les leurs, les pétroliers et lobbys du tabac valant bien les groupes pharmaceutiques, le tout menant à un « tous pourris » où l’on jette le bébé Connaissance avec l’eau du bain purement commerciale.

Les passages les plus intéressants sont ceux sur la chiropractie (fondements théoriques : zéro), ou le passage de l’homme sur la Lune (les vraies conspirations sont bordéliques, et il était moins compliqué d’aller vraiment sur la Lune [1]), ou la fin sur l’exposé de la méthode scientifique avec quelques exemples de cas délicats (Wegener, la fraude).

Par contre et par exemple, aucun sceptique ne sera convaincu par les stats sur la proportion de climatologues pro- qui croient pensent que le réchauffement climatique existe [2]. (Au passage : la meilleure discussion sur le réchauffement que j’ai lue vient du QG du mouvement sceptique).

Notes

[1] Ni là ni ailleurs je n’ai entendu l’argument que les Soviétiques auraient immédiatement décelé et dénoncé la fraude. Mais la Guerre Froide est déjà hors de tous les esprits, comme si elle n’avait jamais eu lieu.

[2] Lutter contre le réchauffement climatique passera aussi par donner un nom « positif » à ceux-qui-pensent-que-c’est-d’origine-humaine-et-que-c’est-une-mauvaise-chose : « pro-réchauffement » fait croire qu’on le veut. Et « ceux qui croient que…» est une aberration puisqu’on parle de presque-certitude-après-examen-par-un-paquet-de-gens-qui-y-ont-consacré-leur-vie, et non de croyance religieuse ou philosophique, justifiant ainsi que l’on ait une autre opinion par simple choix de vie.

samedi 22 septembre 2012

Questions à la con chez XKCD (1 à 6)

Si vous êtes un vrai geek, ou un scientifique, inutile de présenter XKCD, “a webcomic of romance, sarcasm, math, and language”, un des sites les plus azimutés et réjouissants que je connaisse, un des rares que je lise tous les jours de parution. J’ai acheté le livre, qui date déjà (vivement le suivant), et je sais que je n’en comprendrai jamais toutes les clés.

L’un des dessins les plus romantiques et scientifiques du lot

Pour la petite histoire, l’auteur Randall Munroe a laissé tomber son boulot à la NASA car il s’y ennuyait ferme. C’est sans doute une personne cent fois plus expansive en ligne que dans la vie réelle.

À côté de la BD, une partie du site est peu connue : What if?, pleine de questions et hypothèses apparemment stupides, mais menées scientifiquement jusqu’au bout. J’ai trop à faire et à lire mais je me suis laissé piéger à en dévorer chaque page. Ça devrait passionner les profs de physique.

Petit résumé pour les non-anglophones ou les gens pressés, et pour que je m’en souvienne moi-même plus tard:

  • Quelle puissance développe Yoda grâce à la Force ? En estimant la masse d’un X-Wing, comparé à un F-22, et vue la vitesse à laquelle Yoda l’a sorti de l’eau dans l’Empire contre-attaque, enfin connaissant la gravité sur Dagobah (ça se trouve !), on calcule 19 kW (25 cv) comme limite inférieure. L’Empereur génère des arcs électriques estimés à au moins 10 kW. Conclusion : il faudrait cent millions de Yoda pour répondre aux besoins énergétiques de l’humanité. Mais ça serait vert…
    (Sur le thème de l‘exploitation des super-héros, SMBC a aussi traité de Superman.)
  • A mole of mole : en français, une mole de taupes, soit (à la louche) autant de petites bestioles que de grains de sable sur Terre. Une telle quantité recouvrirait la Terre d’une épaisseur de 80 km de petites créatures poilues, ou plutôt constituerait une planète de la taille de Pluton.
    But this is where it gets weird.
    Une telle planète de viande de taupe, en se refroidissant, développerait des cellules de convection de viande décomposée. Noter qu’il suffirait de quelques millions d’années après la colonisation de toutes les planètes habitables de la galaxie pour totaliser suffisamment de petits mammifères que l’on pourrait soumettre à ce supplice.
  • Science-fiction hollywoodienne : Combien de temps l’humanité résisterait-elle à une « apocalypse robotique », c’est-à-dire une insurrection générale de tous les robots ? Randall connaît le domaine et rappelle que les robots actuels sont incapables de monter un escalier, de distinguer un humain d’un rouleau de papier toilette, de résister à une lance de pompiers, voire de se déplacer, sinon (pour les drones militaires) de trouver eux-mêmes leur munitions. Les téléphones portables ne feraient pas directement grand mal, et les voitures, faute de capteurs, ne poseraient un danger que pour leurs occupants si elles roulaient. Il y aurait bien les ordinateurs qui contrôlent les missiles nucléaires, mais ce serait un suicide pour eux aussi…
  • Et si un verre d’eau devenait soudain à moitié vide ? Et par vide, on entend l’absence même d’air. Si c’est la moitié supérieure du contenu qui disparaît soudain, rien de bien méchant n’arrivera. Si c’est la partie inférieure, l’eau du dessus, incompressible, s’écrase sur le fond comme un marteau, fait éclater le bas du verre. Par réaction, la partie haute du contenant vole s’écraser au plafond et arrose les convives d’éclats coupants.

À suivre… (ou aller dévorer sur le site] si ce n’est déjà fait)

vendredi 24 août 2012

« Pour la Science » d’Août 2012

Encore un numéro chroniqué trop tard. Pas grave, vous pouvez l’acheter en ligne.

En italique, les commentaires personnels sur ce qui tente d’être un résumé d’extraits.

Didier Nordon

Il rapporte notamment une étude de psychosociologie (pas de référence), où les hommes seraient dépeints comme plus fumistes que les femmes, moins attachés au travail bien fait. Cela devient une qualité nécessaire pour grimper dans les hiérarchies, où il ne faut pas trop chercher à prévoir les innombrables conséquences de ses décisions, sous peine de paralysie.

J’ajouterai que le manque de j’m’en-foutisme devient aussi un défaut pas que pour les femmes, juste tous ceux qui veulent faire un boulot correct, et, effectivement, risquent de s’y noyer. On retombe sur le principe de Dilbert : « les gens les moins compétents sont mutés à l’encadrement ».

Archéologie sous-marine

Toute une série d’articles s’étend sur les bateaux trouvés au fond des mers : des flûtes (navires de commerce, vers 1800) impériales coulées par les Anglais ; des pinques (petits cargos) provençales des XVIIè et XVIIIè siècles...

Le plus intriguant ? Le Carron Wreck. Il a fallu du temps pour reconstituer l’histoire de ce petit navire de guerre fabriqué en Amérique juste avant l’indépendance des États-Unis, donc anglais, avec des canons écossais, capturé par les Français, transformé à Lorient, endommagé alors qu’il transportait des messages de la France aux autorités françaises et états-uniennes d’Amérique, réparé à Boston, re-modifié en Bretagne, attaqué par les Anglais à Saint-Domingue et sabordé par son équipage (qui a échappé à la captivité et la noyade) juste avant l’armistice signant la fin de la Guerre d’Indépendance américaine. Récit rocambolesque qui explique le mélange des genres, des techniques, des restes d’uniformes et d’armements retrouvés dans l’épave.

Divers

Andromède

  • La NASA a refait les calculs, c’est sûr, la galaxie d’Andromède nous fonce dessus ! À 430 000 km/h, ça nous fait un impact dans quelques milliards d’années. Ça fera un très joli spectacle dans le ciel pour nos éventuels descendants.
    (Mise à jour du lendemain : le dernier Science & Vie tombé ce matin dans ma boîte aux lettres a justement des images de notre ciel dans les prochains milliards d’années !)
  • Des gens ont cherché et trouvé pourquoi les moustiques en vol peuvent se prendre des gouttes de pluie (équivalentes pour nous à ce que serait un impact avec une petite baleine) sans conséquence. Quel intérêt ? Tout ce qui peut permettre de mieux connaître et donc peut-être d’exterminer les moustiques est bon à prendre.
  • Un sursaut gamma survenu il y a 12,2 milliards d’années est-il à 12,2 milliards d’années-lumière ? Non, car l’espace a lui-même augmenté pendant le trajet. Il était à l’époque à 4,65 milliards d’années-lumière, et serait à présent à 24,37.
    L’article ne précise pas mais je suppose que cela ne vaut pas pour les distances et durées plus faibles au sein d’ensembles en cohésion gravitationnelles : si une étoile de notre galaxie est à 1000 al, sa lumière doit bien mettre 1000 ans pour arriver.
  • Les lions avaient conquis l’essentiel des continents autrefois. J’ignorais. Il y avait même un lion des cavernes.
  • Dans le cerveau, sous l’effet de stress et de ses conséquences chimiques, le cortex préfrontal perd son rôle d’arbitre et de contrôles des émotions : s’ensuivent paralysie, actes irrationnels, prise de contrôle par les parties plus anciennes du cerveau... Le but était peut-être d’accélérer les réflexes pour fuir les prédateurs. Des exercices de maîtrise existent, qui permettent de « rallumer » le cortex en se forçant à réfléchir et à s’interroger.

Et puis...

Manifestement, Dr Goulu a retenu des choses complètement différentes de ce numéro (à la fin de la page). Rigolo.

jeudi 16 août 2012

« Science & Vie » d’août 2012 : « Nous ne sommes pas seuls ! »

Petit billet vite fait sur le plus sensationnaliste des magazines de sciences sérieux [1].

Nous ne sommes pas seuls !

Science & Vie en couverture, c’est parfois comme Voici ou Gala : un « grand drame » de la vie d’une star se révèle être une peccadille ; mais pour le savoir il faut avoir acheté, et quand on hurle à l’arnaque il est trop tard.

Ici c’est pareil. D’ailleurs quand on lit « les scientifiques en sont convaincus », il y a de quoi s’inquiéter, aucune unanimité n’est prête de se faire sur un tel sujet avant un débarquement, pacifique ou agressif, des ETs. S&V n’a pas l’exclusivité de la rencontre avec de petits hommes verts ou gris, ou même d’une esquisse de découverte de trace de signature d’une possible vie dans le spectre d’une planète.

Non, l’article s’étend sur l’extrapolation (très raisonnable d’après les premiers relevés) qu’il y a dans notre seule galaxie au bas mot 80 milliards de planètes « habitables ». Au sens large, l’habitabilité : 1 à 10 fois la masse de la Terre, avec la possibilité d’eau liquide, et en général autour d’une naine rouge. Extrapolation sur tout l’univers : 10 000 milliards de milliards de planètes.

Suivent quelques arguments sur les derniers calculs et découvertes tendant à augmenter la proportion des habitées parmi les habitables : l’eau est bien présente partout dans l’univers ; la plupart des systèmes sont plats et stables ; la vie peut colonier les lieux les plus invivables (pas une nouveauté...) ; les supernovas ne sont pas si nocives et ne stérilisent pas des bras entiers de galaxies ; une énorme Lune comme la nôtre n’est pas nécessaire pour qu’une planète reste à peu près stable sur son axe. J’aurais aimé connaître le niveau de consensus de certaines de ces affirmations.

Bref, sous-entendu : « c’est bien le diable si avec tout ça il n’y a pas la vie quelque part. » Tout ça ne résout pas Fermi.

Suivent des extrapolations sur ce que pourraient être les habitants de ces planètes mais on retombe dans les devinettes déduites [2] hypothèses éclairées : plantes gonflées d’hydrogène par forte gravité ; plantes noires autour d’étoiles froides ; espèces massives volantes dans les atmosphères denses... Pour la Science avait déjà eu un article là-dessus (extrait).

L’Anthropocène a-t-il commencé ?

Après l’Holocène, l’Anthropocène a-t-il commencé ? Quels sont les critères ? Nous avons déjà laissé des traces indélébiles, mais laquelle pourrait être la référence ? Selon les critères habituels (limite stratigraphique identique sur toute la planète), c’est discutable. Serait-ce une époque, ou juste un étage de l’Holocène (les 10 000 années depuis la fin de la dernière glaciation) ? Les géologues discutent.

Divers

  • Un paléogénomicologue (?) récolte des sangsues vietnamienne pour analyser l’ADN trouvé dans le sang qu’elles ont sucé. Il y trouve des bestioles jamais vues pourtant dans la zone. J’adore ce genre de découvertes indirectes.
  • Le nombre de cancers va exploser d’ici 2030. La bonne nouvelle : c’est juste le revers de la médaille de l’enrichissement et de l’élévation du niveau de vie (surpoids, diabète...).
  • Un petit entrefilet me fascine, sur le bon vieux mystère de la fin des dinosaures et de la survie des mammifères : ce serait à cause des œufs. Non que les mammifères les mangeassent (ça a dû arriver, mais pourquoi là et pas dans les 150 millions d’années précédents ?). Mais ces œufs imposant une limite maximale à la taille des bébés dinosaures, ces derniers, en grandissant, devaient occuper plusieurs niches écologiques différentes... occupées par les mammifères adultes plus petits. Sans la protection des adultes après la chute de la météorite, les bébés dinos survivants n’ont pu concurrencer les mammifères.
  • Quand un satellite vient se désagréger dans l’atmosphère, il est impossible de prédire exactement où vont tomber les morceaux. Même pas de quoi faire un film catastrophe réaliste...

Notes

[1] Au contraire de tous ces machins qui fleurissent en récupérant le paranormal.

[2] Vous avez une meilleure traduction d’educated guess ?

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