samedi 31 juillet 2021

« Le monde d'hier » de Stefan Zweig

Und ich mußte immer an das Wort denken, das mir vor Jahren ein exilierter Russe gesagt: »Früher hatte der Mensch nur einen Körper und eine Seele. Heute braucht er noch einen Paß dazu, sonst wird er nicht wie ein Mensch behandelt.«

Et je me souviens toujours de ce mot, que m’avait dit un exilé russe, des années auparavant : « Autrefois l’homme n’avait qu’un corps et une âme. Maintenant il lui faut encore un passeport, sinon il n’est pas traité comme un homme. »

Stefan Zweig, Die Welt von Gestern. Erinnerungen eines Europäers

Stefan Zweig vers 1912 (via_Wikipedia)Stefan Zweig était de ces Européens d’avant l’heure, cosmopolites d’avant la Première Guerre Mondiale, voyageurs sans passeport, passeurs de la culture entre les pays et à travers les langues, et qui, hommes déjà mûrs, ont vu s’effondrer leur monde dans la haine, les mouvements de masse, les frontières, l’exil, la guerre. Le monde d’hier est le testament de Zweig, rédigé juste avant son suicide en 1942.

Certes son « monde d’avant » était privilégié : la jeunesse dorée d’une capitale impériale, polyglotte, avide de littérature, de théâtre, de musique, d’art. S’il décrit la Vienne d’avant 1900 comme conservatrice et trop respectueuse de l’âge, il appréciait l’ambiance de son époque : la stabilité, le progrès en marche, l’amélioration progressive de la condition de tous, l’avenir sûr et radieux. Les grandes guerres du XIXè siècle étaient déjà loin, les sociétés évoluaient, dans un Empire presque millénaire.

Cette vitalité et cette confiance furent un piège (à ajouter au dossier de Sleepwalkers) :

Jeder Staat hatte plötzlich das Gefühl, stark zu sein und vergaß, daß der andere genauso empfand, jeder wollte noch mehr und jeder etwas von dem andern. Und das Schlimmste war, daß gerade jenes Gefühl uns betrog, das wir am meisten liebten: unser gemeinsamer Optimismus.

Chaque État avait soudain le sentiment d’être fort, et oubliait que les autres se sentaient de même ; chacun en voulait encore plus, et chacun quelque chose de l’autre. Et le plus grave est que c’est justement ce sentiment que nous aimions le plus qui nous abusait : notre optimisme à tous.

Effaré, Zweig voit tous ses amis happés par l’hystérie collective nationaliste. Incapable de voyager loin, militairement « planqué », il collabore en Suisse à un collectif d’écrivains européens contre la guerre, conscients de parler dans le vide.

Il assiste aux derniers instants de l’Autriche impériale, en croisant l’Empereur Charles de Habsbourg en exil à la frontière suisse. De Salzbourg, il assiste au chaos économique, au bouillonnement culturel et au complet renversement des valeurs de la nouvelle Autriche — le seul pays que l’on ait jamais forcé à être indépendant.

Les Années Folles se passent mieux (c’est au tour des Allemands de souffrir économiquement). Son succès littéraire déjà naissant avant guerre se renforce.

S’impose progressivement Hitler, que personne en Autriche ne voit venir. En Allemagne, son ami l’homme politique Rathenau est assassiné. Les chemises brunes sèment le chaos. L’ordre moral et légal, les bases de la société, que même la Première Guerre Mondiale avait à peu près préservées : tout cela s’envole. Sous l’unité de façade du pays face à la menace, Zweig sait que beaucoup, par peur ou prudence, sont déjà préparés à l’Anschluß.

Zweig est un des premiers à fuir, bien avant le rattachement au IIIè Reich. Pour en ajouter aux pertes matérielles (livres, collections) ou immatérielles (amis, famille), il est déchu de sa nationalité en 1938 : il se retrouve apatride. Ce qui semblait un rêve pour un citoyen du monde se transforme vite en cauchemar administratif. En Autriche, sa vieille mère mourante n’a même plus le droit de se reposer sur un banc lors de ses promenades : interdit aux Juifs.

En Angleterre, impossible de convaincre ses interlocuteurs que la perte de l’Autriche entraînera la chute de toute l’Europe. Zweig assiste à l’euphorie à l’annonce des accords de Munich, et à la consternation rapide quand la population réalise que tout a été abandonné à Hitler. L’ambiance se plombe, la guerre s’annonce, certaine.

Le Petit Parisien, 26 février 1942 (via Wikipédia)

Le livre est un document. Quelques petits travers énervent, comme le name dropping permanent : Sigmund Freud, Richard Strauss, Romain Rolland, Bernard Shaw, H. G. Wells, Walter Rathenau, Charles Ier… Certaines visions semblent un peu idylliques (le Paris d’avant-guerre !), en tout cas réservées aux gens des classes aisées ; mais c’est le propre de la nostalgie. Ce livre décrit certes un monde perdu et son auteur, mais sa famille est quasiment oubliée, et il est surprenant que les prénoms de ses deux femmes ne soient même pas cités.

Zweig n’a pas vu la guerre se retourner, ni la reconstruction de l’Europe. Il en aurait sans doute été un des rebâtisseurs. Notre époque, qui remet des frontières partout, fait la chasse aux migrants, et à nouveau en prise à la stupidité de masse, ne lui aurait pas plu. Et il n’aurait pu s’empêcher de retisser des parallèles avec la chute de l’Europe un siècle plus tôt.

lundi 5 avril 2021

« L’odyssée des gènes » d’Évelyne Heyer

(Oui, enfin une chronique d’un livre récent !) Depuis quelques années, l’étude génétique des fossiles a progressé à pas de géants, ainsi que celle des écarts entre deux populations actuelles. Évelyne Heyer résume l’état des connaissances de manière accessible et lisible.

Résumé subjectif (commentaires personnels en italiques) :

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dimanche 27 septembre 2020

« La chute du Japon » de William Craig

Loin de l’histoire militaire pleine de bruits, il y a la petite grande histoire, celle qui se déroule dans des réunions feutrées, ou dans des consciences déchirées entre devoirs, intérêts, peurs et réalisme. C’est plutôt celle-là que William Craig choisit de décrire. En 1967, ce livre rapportait les souvenirs des survivants des dirigeants de l’Empire japonais pendant les jours les plus terribles de son histoire. Si quelques pages décrivent les événements militaires de la toute fin de la guerre ou s’étendent sur la mission qui a failli ne pas lâcher la deuxième bombe atomique sur Nagasaki, l’essentiel tourne autour des discussions, tergiversations et affrontements des divers dirigeants japonais.

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dimanche 23 août 2020

« La sorcellerie en Alsace aux 16è et 17è siècles » de Rodolphe Reuss

Petite analyse des procès en sorcellerie, en une époque que l’on croyait déjà civilisée. La grande époque des bûchers de sorcières, ce n’est pas l’obscur Moyen Âge, mais les siècles suivants. Et le nombre de femmes (surtout) torturées, étranglées, brûlées, pour une aussi petite région que l’Alsace, fait froid dans le dos.

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samedi 8 février 2020

« Comment l'Empire romain s'est effondré » de Kyle Harper : climat, maladie et chute de Rome

Les causes et le processus de la chute de Rome font débat depuis des siècles, et les théories ne manquent pas. Le livre de Kyle Harper s’étend de l’apogée de l’Empire (milieu du IIè siècle sous Marc Aurèle) à l’effondrement des Byzantins devant l’Islam conquérant. Kyle Harper, se fondant sur les recherches pluridisciplinaires de ces dernières années, insiste sur deux facteurs qui n’expliquent peut-être pas tout, mais beaucoup de choses : le climat, et les maladies. Finalement, on s’étonne que cet Empire ait tenu aussi longtemps.

(Comme d’habitude, les commentaires personnels sont en italique ; le reste est prise de notes de ce dont je veux me souvenir.)

Kyle Harper est professeur à l’université d’Oklahoma. Le titre original The Fate of Rome contredit un peu le propos, qui est, justement, que l’Empire romain a remarquablement tenu pendant le demi-millénaire couvert par le livre, malgré une suite de catastrophes sanitaires et la dégradation du climat,. La chute de Rome n’a rien eu d’un phénomène régulier. Après les pertes effroyables de la Peste antonine sous Marc Aurèle, la démographie et le commerce se rétablirent. Après la Peste de Cyprien, l’Empire fut envahi et sombra dans le chaos pendant une génération (crise du IIIè siècle), mais les Empereurs-soldats danubiens reprirent les choses en main, et tout semblait aller pour le mieux quand déferlèrent les Huns. Une fois l’Empire d’Occident dépecé, celui d’Orient partit à la reconquête, mais son élan fut brisé par l’apparition de la Peste, dont il ne se releva pas, facilitant la conquête arabe. Le reste ne fut qu’une agonie s’étalant sur des siècles, avec quelques hauts et beaucoup de bas (voir tous les détails dans d’anciens billets sur l’Empire byzantin : formation, apogée justinienne & catastrophe, nouveau redressement & agonie).

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dimanche 1 septembre 2019

« La Sinsé gravite au 21 » de Roland C.Wagner

La Singé gravite au 21  (Roland C. Wagner) Autant l’excellente uchronie Rêves de Gloire semblait construite, complexe, fouillée et longue, autant le space-opera La Sinsé gravite au 21 se lit comme rapidement du petit lait, sans se fatiguer, relaxant très agréablement les neurones.

Un héros à la Han Solo, une intrigue à multiples rebondissements plus ou moins crédibles, mais ça n’est pas vraiment le sujet, des idées farfelues à chaque page, des machinations à tiroir, un cosmos tel que je l’aime, débordant de vies, de civilisations et d’extraterrestres originaux, des robots futés, indociles voire gaulois, des méchants un rien caricaturaux sinon c’est pas drôle, une ribambelle de références plus ou moins masquées aux autres auteurs du domaine : c’est le dessus du panier de la SF tonique mais qui délasse. Comme tout livre du domaine vieux de 30 ans, tout le côté informatique est déjà dépassé mais ça n’a aucune importance.

Bref : à lire.

vendredi 16 août 2019

«Red Inferno: 1945» de Robert Conroy

Red Inferno: 1945, de Robert Conroy Une uchronie qui aurait pu être excellente : et si, en mai 1945, Truman avait voulu marquer son territoire face à Staline, et que celui-ci avait surréagi ? L’Armée Rouge déferle alors sur l’ouest de l’Allemagne direction Anvers, et la Troisième Guerre Mondiale prend une toute autre tournure. Red Inferno: 1945 se lit sans déplaisir mais il aurait mérité bien des pages supplémentaires.

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dimanche 4 août 2019

„Unter Trümmern“ de Jürgen Heimbach

C’est un krimi, lu en VO, et à ma connaissance non traduit. Non germanophones, passez votre chemin[1]. Ou restez, vous ne lirez ceci nulle part ailleurs. „Unter Trümmern“ de Jürgen Heimbach

Les polars se ressemblent souvent, j’en lis peu. L’intérêt de celui-ci : le lieu et l’époque. L’Allemagne était sans doute un des pires endroits en 1946 : ruinée, détruite, occupée, affamée, parcourue de bandes de displaced persons, et sans nouvelles de millions de prisonniers. À Mayence, sous occupation française, les gens meurent littéralement de froid. La viande, l’alcool ou le vrai café sont rarissimes et précieux. Le trafic et les petites combines sont généralisés, question de survie.

Né à Mayence, vétéran de la guerre d’Espagne et de la Résistance (française, oui), le commissaire Koch arrive dans les rangs d’une police saignée par la guerre et la dénazification, et minée par la corruption due à la pénurie généralisée.

Premier cas : un gardien a été tuée par un raid sur un entrepôt. On suspecte un bourgeois local, quasi-chef de bande, au centre de trafics en tout genre, mais intouchable par ses nombreuses relations, y compris chez les officiers français.

Second cas : un jeune homme assassiné, sans doute pour quelque morceaux de viande. Lui aussi trafiquait-il ?

Ce ne seront pas les derniers cadavres. Koch devra faire le lien avec une femme du quartier, sans nouvelle d’un mari prisonnier en Sibérie, dont le fils, amputé, agonise, et pour qui elle trahira toutes les règles. Le point de vue de cette Trümmerfrau alterne tout le livre avec celui de Koch.

Koch devra aussi démêler tout ça avec un adjoint doué mais débutant, un collègue vieux briscard et un voisin alcoolique aux activités louches ; parfois sans voiture, toujours sans le soutien de son chef.

Les relations troubles, les nazis encore présents, les éternels problèmes d’approvisionnement, le pessimisme de ceux qui ne croient pas à une vie meilleure dans le futur s’égrènent tout le livre, parfois contrebalancés par quelques lueurs d’optimisme : un printemps qui arrive ou une université qui rouvre.

Page des romans de l’auteur : https://www.juergen-heimbach.de/romane/#cc-m-header-5681548211 (ô joie, il y a deux suites !)

Note

[1] Et là disparaît 90 % de mon misérable lectorat.

dimanche 3 février 2019

« La campagne du Rhin : Les Alliés entrent en Allemagne (janvier-mai 1945) » de Daniel Feldmann & Cédric Mas

(Encore une chronique de mes lectures, pour changer...)

feldmann-mas-campagne-du-rhin.jpg Il n’y avait apparemment pas de livre dédié aux opérations des Occidentaux début 1945. Le sujet intéresse moins que le rouleau compresseur russe à l’Est, la prise de Berlin, ou la décision d’Eisenhower de ne pas aller à Berlin. Ce livre, assez austère mais relativement facile à lire pour l’amateur éclairé, comble le vide. La vision est plus celle des états-majors, globale et technicienne, que celle anecdotique du soldat de terrain.

Il s’agira essentiellement ici des armées anglo-américaines, et de la canadienne.

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vendredi 14 septembre 2018

Francis Carsac

Il y a 13 ans, dans un autre recoin de ce coin de web, j’écrivais à propos de Ce monde est nôtre :

C’est un vieux classique par un vieux routard de la SF française des années 60, et la suite de Ceux de nulle part, que j’ai apprécié en tant qu’ado. Ici revient l’intrigue assez classique d’un explorateur d’une civilisation intergalactique plongé dans une guerre sur une planète médiévale. Pas trop mal mené, mais les thèmes et surtout le style ont mal encaissé les années.

Francis Carsac, Œuvres complètes, tome 1 Adolescent, j’aimais bien les trois Carsac que j’avais lu, notamment dans un recueil du Club du Livre d’Anticipation de mon père, entre les Robots d’Asimov et l’Empire de l’Atome de Van Vogt. L’été dernier, j’ai trouvé chez beau-papa l’intégrale parue il y a 20 ans chez Lefrancq et je lui ai empruntée.

Sur la forme : cette intégrale contient moultes coquilles, quelques bout de phrases déplacés, des sauts de paragraphe manquants et même une mention erronée de Terre en fuite sur le tome 1 (à la place de Ce monde est nôtre). Je sais certes que l’on peut relire mille fois un texte et qu’il restera toujours des coquilles, mais bon. De plus, les commentaires du fils de l’auteur, pas inintéressants dans le tome 1 pour éclairer un peu l’œuvre, manquent totalement du tome 2.

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mercredi 22 août 2018

« Quoi de neuf ? » (”The Shock of the Old”) de David Edgerton : du rôle des techniques dans l'histoire globale

Ce livre remet quelques pendules à l’heure sur la technologie, l’innovation, la globalisation. Certains diront qu’il enfonce quelques portes ouvertes, mais le discours futuriste de nombreux gourous sur l’innovation perpétuelle, le monde qui devient petit, les peuples qui se rapprocheront, la guerre qui va devenir impossible, etc. se répète en gros à chaque génération et a tendance à devenir dominant, alors qu’il est souvent faux.

David Edgerton voit donc plus une histoire de la technique sous l’angle de l’utilisation que de l’innovation, englobant aussi le quotidien et les populations des pays les plus pauvres.

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lundi 23 juillet 2018

“On killing” du Lt. Col. Dave Grossman

(Pour donner une idée de mon retard en lectures, ce livre m’attendait depuis la Coupe du Monde, celle de 1998. Je le sors de la cave et la France gagne à nouveau. Il y a de ces coïncidences... Comme d’habitude, l’italique est avis personnel, le reste du texte tentant le résumé objectif. )

« Why can’t Johnny kill ? »

On killing, de Dave GrossmanL’argument de base est étonnant mais simple : les humains sont presque tous presque toujours incapables de tuer leurs congénères, y compris en pleine guerre, y compris si leur vie est menacée. Il faut une accumulation de facteurs pour qu’ils tuent. Et ceux qui le font en paient généralement le prix plus tard au niveau psychiatrique.

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samedi 30 juin 2018

Le chemin de croix pour le lycée

Mon fils a enfin reçu son affectation pour son lycée de Seconde. Ce n’était pas son premier choix, mais je vais vous épargner la saga du mini-Parcours Sup pour futurs lycéens. (En gros, il a bien reçu le message : ce n’est pas la peine de se casser le crâne à avoir d’excellentes notes et un projet, l’affectation finale n’en tiendra pas compte. On fera avec le deuxième choix.)

Bref. Vendredi soir, après la dernière épreuve du Brevet, il reçoit le papier pour le lycée en question. Le dossier complet est à renvoyer pour vendredi 6 prochain dernier délai. Évidemment, je suis en déplacement professionnel cette semaine-là (le seul du trimestre), Murphy oblige. Heureusement on peut démarrer le dossier par Internet, c’est même obligatoire.

Samedi matin. Le serveur rame un peu, un peu normal. Et puis on arrive là : lycee_date_limite.png

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samedi 16 juin 2018

Loi de Clarke-Chachra

Il y a bien longtemps, ici puis , j’avais évoqué la Loi d’Hanlon, celle de Clarke et leurs dérivées comme la loi de Grey :

Toute science suffisamment avancée est indiscernable de la magie.

N’attribuez jamais à la malveillance ce qui peut s’expliquer par la stupidité.

Toute incompétence assez avancée est indiscernable de la malveillance.

Et j’ai croisé sur Touitteur récemment la version qu’on appelera celle de Clarke-Chachra :

Toute négligence suffisamment avancée est indiscernable de la malveillance.

Loi de Clarke-Chachra (de Touitteur : https://pbs.twimg.com/media/Dfo5GnOXUAEuT3N.jpg)

Il y a bien une différence entre incompétence (je n’ai jamais eu mon permis de conduire) et négligence parfois criminelle (j’ai mon permis mais je lis Fessebouc au volant).

Dans le cas d’un mien client, que je ne nommerai pas et qui ne fait jamais ses sauvegardes malgré moultes relances, je suis partisan de cette version :

Loi 3C (Clarke-Chachra-Courtois) :
Toute négligence suffisamment avancée est indiscernable du sabotage.
Any sufficiently advanced neglect is indistinguishable from sabotage.

(Le saboteur pouvant être le financier qui refuse le budget pour un NAS de base.)

vendredi 23 février 2018

« Traité de la ponctuation française », de Jacques Drillon

Les compte-rendus d’intervention et les éventuels fragments de manuels de formation que je rédige à titre professionnel ces temps-ci, et de sporadiques billets de blog, n’ont guère de valeur littéraire. L’orthographe, fautes de frpae exclues, à peu assurée, la typographie de base au moins considérée dans ses bases, restait l’emplacement du point-virgule, du double-point et de cette damnée virgule. D’où l’achat de ce livre.

Jacques Drillon : Traité de la ponctuation française (Gallimard) Si l’éclairage fut réel sur certains sujets comme la parenthèse, le crochet, les points de suspension, je doute d’être plus certain de mes virgules dans le futur. Les plus de cent pages et cent quarante cas d’utilisation mélangent parfois plus les idées qu’ils ne les éclaircissent.

Je pense au moins avoir saisi la différence entre propositions explicative, [virgule] qui ne peut être supprimée sans modifier le sens de la phrase, et déterminative, [virgule] qui ne peut en être retranchée. Application dans les billets [pas de virgule] qui viendront. Le cas des incises, dont, je sais, j’abuse, est à peu près clair.

Par contre, il est tout aussi clair que l’usage a varié moultes fois depuis le Moyen Âge, depuis le n’importe-quoi du XVIIe siècle à l’explosion (sens nihiliste) de la ponctuation au XXe en passant par la dictature des typographes du XIXe. Nombre de cas sont arbitraires, tordus, limite, parfois pure affaire de style. Un des mérites du livre : quelques exemples de choix de ponctuation qui altèrent le sens et le rythme (on sent l’admiration pour Céline et ses points d’exclamation et suspension ; je trouve cela pénible). Les plus grands auteurs sont cités, parfois fort lointains.

La perspective historique et les piques envoyées de-ci de-là allègent le pavé. On sent poindre un certain regret que la ponctuation soit assez négligée de nos jours malgré son importance dans une langue aussi subtile que la nôtre — il faudra que je compare avec l’allemand, tiens[1], mais c’est valable pour tout ce qui semble règles arbitraires et carcan de traditions — pas toutes inutiles ou infondées. Mais Drillon s’insurge régulièrement contre certaines lois imposées par les purs typographes.

Paradoxalement, la situation doit être meilleure qu’au moment de la parution (1991) : il suffit de se poser une question sur une orthographe, une ponctuation, une tournure, [virgule] et un moteur de recherche renvoie vers la page adéquate de l’Académie [pas de virgule] ou d’un maniaque de la langue.

L’index en fin de volume sera fort utile et je pense m’y référer assez souvent...

Note

[1] L’anglais que je lis est majoritairement rédigé par des non-natifs, c’est sans espoir.

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