Histoire de France : -200 à 987


I - Avant Rome
II - (-52-375) L'Empire romain
III - (375-476) Invasions barbares et chute de l'Empire d'Occident
IV - (476-511) Clovis
V - (511-561) Les fils de Clovis
VI - (561-613) Les guerres fratricides des Mérovingiens
VII - (613-737) Les rois fainéants
VIII - (737-987) Les Carolingiens
Tome II (987-1461)


I - Avant Rome

Homogénéité et peuplement de la France

La France a toujours été peuplée depuis que l'homme a colonisé l'Europe. Le climat est clément. Les frontières naturelles (Rhin, Pyrénées, Alpes) sont loin d'être infranchissables, et les invasions n'ont jamais été arrêtées par la géographie. Les côtes sont nombreuses et favorisent l'échange avec l'extérieur. Il n'y a pas de grand obstacle au coeur du pays (le Massif Central peut se contourner ou se traverser). Les fleuves, en général navigables, permettent des communications rapides. Tout ceci a permis une homogénéisation rapide de la population. Parallèlement, la diversité des climats et des envahisseurs a permis la création d'une multitude de microrégions.

( -200 à +250) Celtes, conquête romaine et paix

Les Celtes, qui peuplent la Gaule avant l'arrivée des Romains, est un peuple indo-européen qui a colonisé aussi la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), et ce qui est aujourd'hui une partie de l'Espagne, l'Autriche, la Yougoslavie. Non unifiés, les Celtes se battent entre eux, et effectuent des raids à l'extérieur (par exemple le pillage de Rome par Brennus).

La Gaule est connue pour sa richesse (terres riches, or, ...) et déjà parcourue par les marchands. Elle comptent environ 5 ou 6 millions d'habitants. La civilisation est rurale; les villes sont réduites aux centres de trafic important sur les fleuves (Lyon).

La Gaule est conquise par les Romains entre -200 et -52 av. J.-C. Le Sud est conquis le premier, et le reste par César, qui écrase Vercingétorix à Alésia, en partie grâce à ses alliés gaulois et germains.


II - (-52-375) L'Empire Romain

Les cartes sont de Christos Nuessli
Empire Romain An 200

L'Empire Romain encercle toute la Méditerranée. Au départ république oligarchique, l'Empire devient une monarchie sous Auguste (neveu de César), qui prend le titre d'Imperator. À son apogée (sous Trajan, vers +117), l'Empire court de la côte marocaine au Koweït, de la Tunisie à l'Angleterre.

Ses limites sont : le Sahara et l'Atlantique (obstacles infranchissables) ; la frontière avec l'Empire Parthe (Irak-Iran), remplacé ensuite par l'Empire perse Sassanide ; le Danube et les forêts de Germanie (où les Romains subissent quelques cuisantes défaites, bien qu'ils s'enfoncent jusque Cologne).

Les Provinces les plus riches sont la Gaule, l'Egypte (récupérée par Auguste sur Cléopâtre), la Grèce (centre culturel), l'Afrique (Carthage), l'Asie (actuelle Turquie).

L'assimilation de la Gaule se fait très facilement ; il ne nous reste presque rien de la langue celte (non écrite). L'urbanisation, l'engagement de Gaulois dans l'armée, l'utilisation de l'élite locale dans l'administration, les voies romaines, et donc le commerce, ainsi la prospérité qui en découlent, facilitent la domination romaine. On parle vite de Gallo-Romains.

(250 à 375) Première invasions, repoussées

En Gaule, la Pax Romana dure jusque +250 environ. Puis les légions s'entre-déchirent pour imposer chacune leur empereur. Profitant de la faiblesse romaine, des invasions des pillards germains (Goths, Alamans, et Francs, les pires de tous) ravagent le pays. Les fortifications de villes réapparaissent à ce moment. L'armée romaine, bien qu'un modèle d'organisation, s'avére trop peu nombreuse, et la population civile trop habituée à la paix pour repousser facilement les envahisseurs.

Bien que l'Empire soit attaqué sur plusieurs fronts (sur Rhin et Danube par les Germains, en Anatolie par les Perses Sassanides, au Sud par les Maures sahariens), la situation se stabilise, notamment par une réorganisation de l'armée. Les Francs, notamment, sont aussi 'utilisés' pour peupler pacifiquement le nord, et comme soldats (leur renommée n'était plus à faire). Cela mine cependant la cohésion des troupes romaines, ces peuples 'fédérés' théoriquement soumis à Rome n'obéissant guère qu'à leur roi, et les concessions faites à certains peuples en attirent d'autres.

L'Empire se scinde (plus ou moins officiellement) en deux ; la Gaule devient la pièce essentielle de la défense de l'Empire d'Occident. Des barbares sont engagés massivement dans les légions. Le début du IVème siècle est paisible. Les grandes villas se développent.

En 313, le christianisme, encore minoritaire, devient religion officielle (empereur Constantin). Il s'imposera progressivement, même aux envahisseurs germains par la suite.


III - (375-476) Invasions barbares et chute de l'Empire d'Occident

(375) Première vague barbare

375 marque le début de la fin de l'Empire en Occident. Les Ostrogoths (originaires de Suède mais établis sur la Mer Noire) sont repoussés par les Huns, mongoloïdes qui viennent de l'Est ; de proche en proche, les Wisigoths, leurs cousins, sont rejetés vers l'Empire (376). Ils le traverseront en un siècle, de la Bulgarie à l'Espagne, en passant par Rome (pillée en 410).

Les cartes sont de Christos Nuessli
Empire Romain An 400

L'Empire, trop grand, est définitivement divisé en deux en 395 : l'Empire d'Occident endurera l'essentiel des invasions germaniques et y succombera, l'Empire d'Orient repoussera celles-là et d'autres. De culture essentiellement grecque, il restera une puissance notable jusqu'au XIIIème siècle et ne disparaîtra qu'en 1453.

(406) Deuxième vague

La deuxième vague d'invasions est constituée des Suèves, Alains, Vandales, qui fin 406 traversent le Rhin. C'est une véritable migration, avec femmes et enfants, devant l'invasion des Huns.

Les Burgondes et les Alamans suivent.

(451) Les Huns

À Ravenne, les Empereurs d'Occident se succèdent, renversés les uns après les autres par l'armée, comme il semble que ce soit redevenu la tradition.

Les Huns arrivent en 451. Ils font l'unanimité contre eux, et sont battus aux Champs Catalauniques par une alliance entre Wisigoths, Francs (roi : Mérovée, allié traditionnel de Rome) et Romains (dirigés par Aetius, le 'dernier des Romains').
Les Huns se replient sur l'Italie (pillage de Rome), et leur empire, qui s'étend de la Caspienne aux Alpes, disparaît à la mort de leur roi Attila (453).
C'est le seul succès de la politique d'établissement des peuples barbares en Gaule, et les derniers restes d'autorité romaine disparaissent ; les notables locaux préfèrent la domination de barbares puissants à une Rome lointaine.

Ainsi cela ne change plus grand chose quand les Hérules d'Odoacre s'emparent de l'Italie et déposent le dernier Empereur romain, Augustule en 476.

(489-507) Dernière vague

Les cartes sont de Christos Nuessli
Empire Romain An 500

La Gaule partagée

L'Empire d'Occident disparu, seuls restent en Gaule :

En 481, Clovis succède à son père et est élu roi des Francs Saliens (Tournai). Il n'est pour l'instant qu'un petit roi ambitieux d'une partie des Francs.


IV - (481-511) Clovis

Premières conquêtes

Les Francs sont les plus nombreux des Barbares. En 485, tous alliés, ils écrasent Syagrius (bataille de Soissons). Selon les moeurs de l'époque, les villes furent pillées, et Syagrius égorgé.

Clovis élimine également d'autres rois francs, Ragnacaire et Chararic, peu sûrs, bien qu'ils soient parents, et leurs familles, concurrents potentiels. Ce nettoyage est facilité par les alliances matrimoniales avec les voisins Ostrogoths d'Italie et les Burgondes.

Alliance avec les Gallo-Romains et l'Église

L'épisode du vase de Soissons se situe à cette époque. Déjà à cette époque Clovis cherche à se concilier l'Église, seule source de pouvoir stable et répandue sur la Gaule, et respectée des Gallo-Romains, majoritaires.

L'Église est elle-même en proie aux dissensions internes (scissions entre catholiques et ariens). Les Goths penchant vers l'arianisme, le clergé privilégie alors les Francs.

C'est l'époque où les envahisseurs germains commencent à se mélanger aux Gallo-Romains. Bien que les peuples aient des religions, coutumes et lois différentes, la fusion n'est pas systématiquement découragée, notamment au niveau des mariages nobles, les aristocrates locaux cherchant à se rapprocher des barbares dominants. L'Église comprend que le seul moyen de préserver les biens des Gallo-Romains et de retrouver la stabilité politique est une alliance avec les Francs (Burgondes et Wisigoths étaient trop tolérants à l'égard de l'arianisme).

Assez vite, les Francs imposent une partie de leurs lois, se fondant pour le reste dans la majorité gallo-romaine ; on nommera très vite 'Franc' tout homme libre du royaume mérovingien, quelque soit son origine.

Fin du monde romain et tout début de la féodalité

Les villes, très grandes sous l'Empire, se sont entourées de murailles et ont réduit leur taille pendant les invasions. Les réseaux commerciaux sont gênés par l'insécurité, et les marchands orientaux ont disparu. L'autarcie redevient la règle.

L'insécurité amène les hommes libres à se regrouper sous la direction des aristocrates locaux, notamment des propriétaires des villas, grandes fermes fortifiées. C'est le début de la transition vers la féodalité, qui nécessitera encore des siècles.

La situation est à peu près la même dans les autres anciennes conquêtes romaines. En Italie, Théodoric, roi ostrogoth, se reconnaît vassal (théorique) de l'Empire d'Orient, tout proche, et respecte les coutumes des Romains.

Puissance des Francs

Les Francs, peuple guerrier, suivaient leur roi, d'origine divine, symbolisée par des cheveux longs. La popularité de ce roi était liée au butin récupéré dans les conquêtes, butin qui était partagé entre les soldats. Tout homme libre devait le service militaire.

Clovis était un barbare, travaillant pour son seul intérêt, mais il comprenait l'importance de retrouver une partie de la civilisation et de l'organisation romaine.

Mariage de Clovis, Alamans et baptême

Pour étendre son royaume, Clovis a le choix entre attaquer les Burgondes ou les Wisigoths. L'alliance burgonde semblait la plus facile ; il obtient la main de Clotilde, nièce du roi Gondebaud (493). C'est sa deuxième femme ; il a déjà un fils, Thierry. Clotilde, catholique, semble avoir essayé de convertir son mari, sans succès au début. Le premier fils de Clotilde est baptisé mais meurt. Le second, Clodomir, baptisé aussi, survit.

En 496, les Alamans depuis l'Alsace, attaquent les Francs Ripuaires, alliés des Saliens. La bataille de Tolbiac que livre Clovis pour leur venir en aide tourne mal. Selon la tradition, Clovis aurait juré sur le champ de bataille de se convertir si Dieu lui venait en aide. Il gagne. Le baptême n'est pas immédiat ; une expédition contre les Wisigoths, avortée, a lieu entre temps.

Instruit par Saint Rémi, Clovis finit par se convertir à Reims, avec une partie de ses guerriers. Acte le plus important de son règne, le baptême lui offre l'alliance de l'Église, et à celle-ci l'alliance du plus puissant des souverains barbares contre l'arianisme. L'acceptation de la domination de Clovis par les Gallo-Romains, chrétiens, est aussi grandement facilitée.

Alliances extérieures

L'Empire Romain d'Orient s'oppose au royaume ostrogoth d'Italie, notamment en Illyrie (côte de l'actuelle Croatie). Les Wisigoths, menacé par Clovis, sont soutenus par leurs cousins ostrogoths. Ces deux royaumes goths sont ariens ou tolèrent les ariens. Tout pousse donc à une alliance Empire-Francs-Église contre les Goths.

Le roi des Ostrogoths, Théodoric, est lié par sa femme, ses nièces, ses enfants... à tous les rois de la Gaule. Il ne tient pas à voir la puissance de Clovis augmenter, ce qui affaiblirait son propre pouvoir. Il essaie de jouer son habituel rôle d'arbitre, en vain. Malgré d'amicales pressions, Clovis ne renonce pas à ses prétentions sur l'Aquitaine.

Conquête de l'Aquitaine

En 507, à Vouillé, Clovis écrase Alaric II, roi des Wisigoths. Le royaume wisigoth ne conserve plus que l'Espagne et la Septimanie (côte des Pyrénées à Arles), sauvée par les Ostrogoths. Le royaume franc n'a toujours pas d'accès à la Méditerranée.

Les Burgondes gardent aussi leur indépendance, malgré les efforts agressifs de Clovis.

En 511, Clovis meure. Il laisse derrière lui quatre fils, et le plus puissant royaume chrétien d'Europe.


V - (511-561) Les enfants de Clovis

Les partages

Les Francs considèrent leur royaume comme une propriété personnelle du roi, que les enfants (mâles) doivent se partager équitablement. Ce sera la malédiction des Francs jusqu'à Hugues Capet. Les quatre royaumes résultants ne sont pas d'un seul tenant, et les capitales sont très rapprochées : le royaume franc est donc toujours uni en un sens. Les quatre fils (Thierry, Clodomir, Clotaire, Childebert), et leurs descendants, tout en se battant entre eux, parviennent à agrandir encore le royaume.

En 524, Clodomir meurt lors d'une guerre contre les Burgondes. Son royaume, normalement possession de ses trois enfants, est annexé par Clotaire et Childebert. Selon la légende, leur grand-mère Clotilde les aurait préférés morts plutôt que tonsurés et ainsi dépouillés de leur royauté. Deux sont massacrés, et un préfére devenir clerc (Saint Cloud). Thierry est acheté avec quelques morceaux du royaume.

En 532, à la faveur de la mort du roi ostrogoth Théodoric, les Burgondes sont annexés et leur royaume partagé entre les quatre rois.

En 534, Thierry, le plus capable des quatre fils, disparaît. Son fils Théodebert ne conserve son royaume que grâce aux querelles entre Childebert et Clotaire. Il part en Italie aider l'Empereur d'Orient Justinien à reconquérir l'Italie sur les Ostrogoths (premier mirage italien de l'Histoire de France). Il acquiert ainsi la Provence et l'Italie du Nord.

En 547, Théodebert disparaît ; son fils Théodebald meurt son tour en 555, victime de ses débauches, après s'être fait reprendre l'Italie par l'Empire d'Orient. Son grand-oncle Clotaire accapare son héritage, profitant de la maladie de Childebert.

En 558, Clotaire s'empare du royaume de Childebert disparu, et réunifie donc enfin le royaume franc pour quelques années. Clotaire, comme on a vu avec l'histoire de ses neveux, est retors, lubrique, cupide, cruel...bref, barbare. Comme le reste de sa famille, il semble n'être qu'une brute sanguinaire, mais capable de mener son royaume avec succès. Accessoirement, il fait brûler son fils Chram, autoproclamé roi d'Aquitaine, et sa famille.

Unité et administration du royaume

Pendant le demi-siècle qui s'écoule entre les morts de Clovis et Clotaire, le royaume franc s'est agrandi de la Provence et de la Bourgogne, et a gardé, au-delà de l'anarchie, une certaine unité, surtout en matière de politique extérieure.

De son côté, l'Empire d'Orient n'a pas renoncé à sa suzeraineté sur tout l'ancien Empire Romain. Les Francs l'accepte, tant qu'elle reste théorique ; la notion d'Empire subsiste, les rois francs & eacute;tant les continuateurs des Césars. Cependant, alors que Rome était un État, le royaume franc est considéré comme une simple propriété personnelle des rois. À l'origine élu par ses soldats au sein de la famille royale, le roi, grâce au prestige de Childéric (père de Clovis) puis à l'Église, devint héréditaire.

On évolue rapidement vers l'absolutisme. Les revenus des rois proviennent seulement de leurs domaines propres et d'une foule d'impôts indirects, car le fisc romain avait sombré avec l'Empire.

La cour mérovingienne tient plus des traditions franques que des nécessités administratives. Non payés, les fonctionnaires sont rémunérés en cadeaux et terres à administrer provenant du roi. Les voies romaines, faute d'État, se dégradent.

L'armée est constitué de tous les hommes libres, liés au roi par un serment de fidélité, et tenus de s'équiper et nourrir à leurs frais, d'où les pillages au moindre déplacement d'une armée.

Les Gallo-Romains, Burgondes, Francs, Wisigoths, mettent du temps à fusionner. L'ancienne noblesse locale n'est pas reconnue par les Francs, mais elle garde sa puissance économique et foncière, d'où l'émergence d'une noblesse liée à la fortune, et non au mérite. Elle peuple les évêchés de ses enfants.

La transition vers la féodalité se poursuit, encore peu nette, mais inéluctable.

L'art et la culture disparaissent, victimes de la disparition de la plupart des échanges économiques.

L'Église prospère. Alliée des dirigeants, elle se lance dans l'évangélisation des païens de Grande-Bretagne, de Germanie ou de la future Russie.

Incapable de se transformer un État moins archaïque, à cause notamment des partages, donations et immunités, le royaume franc est condamné à un dépérissement inéluctable.

Pendant ce temps...

L'Empire d'Orient, sous la houlette de Justinien, recouvre une grande partie de sa puissance. Il possède encore la Grèce, les Balkans, l'Anatolie(actuelle Turquie), le Moyen-Orient, l'Egypte. Malgré les pressions des Slaves et des Perses Sassanides, le royaume ostrogoth en Italie est écrasé avec l'aide des Francs, et la Tunisie, une partie de l'Espagne, les îles méditerranéennes sont reprises aux Barbares. Le Franc Théodebald rate l'occasion d'envahir toute l'Italie, les deux autres adversaires étant épuisés.

Les Ostrogoths (en Italie), les Vandales (en Afrique), disparaissent de l'Histoire. De tous les royaumes barbares, seuls restent les Suèves et les Wisigoths en Espagne, et les Francs. Mais d'autres peuples arrivent du fond de l'Est européen : les Lombards, les Slaves (dont les Bulgares).


VI - (561-613) Les guerres fratricides des Mérovingiens

Les cartes sont de Christos Nuessli
Empire franc an 600

Les petits-enfants de Clotaire (Caribert, Gontran, Sigebert, Chilpéric), selon la tradition, se partagent en 561 le royaume de leur père. On voit apparaître alors quatre blocs distincts au sein du royaume, encore peu nets :

Cette période, plus encore que la précédente, est marquée par le sadisme, la guerre et les massacres. Le peu de conscience royale des rois précédents a disparu, mais leur cupidité et leur cruauté sont multipliés.

Après la mort de Caribert (567) sans postérité mâle (malgré sa bigamie), son royaume (Neustrie et Aquitaine) est partagé entre les trois autres. On aboutit alors à un mélange inextricable des terres, enclavées les unes dans les autres. Paris, ville déjà importante et capitale de fait du royaume, reste indivise.

Chilpéric est un monstre sanguinaire, à moitié fou, mégalomane, qui se prend pour un grand artiste. Gros consommateur de femmes, il épouse finalement une de ses servantes, Frédégonde, femme d'une rare cruauté. Sigebert, roi d'Austrasie, le moins immonde et lubrique des trois fils, épouse Brunehaut, princesse wisigothe, seule digne de son rang. Gontran, roi de Bourgogne, chef théorique de la dynastie et autre chaud lapin, fait le tendre mais peut être cruel et emporté. Il sait toutefois naviguer entre ses frères et leurs épouses en guerre constante.

Frédégonde et Brunehaut, âmes damnées des mérovingiens

Pour affermir la paix et les bonnes relations entre Francs et Burgondes, le roi wisigoth donne ses filles Brunehaut et Galswinthe à Sigebert et Chilpéric. Ce dernier, lassé et repris en main par sa servante Frédégonde, élimine la jeune reine et épouse la servante.

Brunehaut pousse son mari Sigebert à la vengeance. Les intérêts territoriaux s'y mêlant, cela dégénére en une guerre sanglante, où les pillages à répétition et les retournements d'alliance de Gontran ne manquent pas. Au bord de la défaite totale, Chilpéric fait assassiner Sigebert. Brunehaut, femme à la carrure de chef d'État, fait alors couronner son fils Childebert II en catastrophe, sauve l'Austrasie, et épouse un des fils rebelles de Chilpéric (!). Frédégonde s'arrange pour éliminer ce beau-fils (et les autres), et pour favoriser ses propres enfants ; mais tous moururent.

La paix précaire est dominée par Chilpéric. Childebert II est trop jeune, mais son oncle Gontran, apeuré par la puissance de Chilpéric, adopté et protège le jeune homme. Cela renforce la position de Brunehaut, et affaiblit celle des grands seigneurs qui profitent de la minorité de leur roi pour s'enrichir.

Chilpéric est assassiné. Frédégonde, à nouveau mère (du futur Clotaire II), se place sous la protection de Gontran. Grâce à la paix nouvelle, Brunehaut élimine les grands seigneurs qui l'avait trahie, et garde le pouvoir en Austrasie.

Gontran mort en 593, Childebert II hérite de la Bourgogne, et échoue dans la conquête de la Neustrie de Frédégonde. À sa mort (596), ses fils Théodebert et Thierry se partagent Austrasie et Bourgogne, sous l'efficace régence de Brunehaut. Frédégonde morte, son fils Clotaire II attaque mais est écrasé.

Au bout de quelques années, les petits-enfants de Brunehaut se disputent. Les deux meurent rapidement (613). Il reste quatre enfants de Thierry. Sigebert II s'attribue tout (début de droit d'aînesse imposée par la vieille reine !).

Pépin de Landen, un des grands seigneurs austrasiens constamment rabaissés par Brunehaut, prend la tête d'une révolte des nobles, et la livre à Clotaire II. Brunehaut finit torturée attachée à un cheval. Ses arrière-petits-enfants massacrés, Clotaire II réunifie enfin le royaume (613).

Un royaume en presque déclin

Un siècle après la mort de Clovis, le royaume franc reste intact, mais est affaibli par les guerres et des princes trop jeunes. Bien que l'autorité franque reste ferme, elle s'exerce surtout au nord de la Loire. Les peuples périphériques (Alamans, Bretons, Aquitains, Provençaux, sans peuplement franc) sont autonomes. Le petit peuple, victime des exactions des diverses armées, souvent réduit à la misère, est une fois de plus poussé à se mettre sous la protection des nobles locaux.

La Septimanie, l'Italie, malgré quelques expéditions, ne peuvent être conquises, faute d'alliance entre Francs.

À l'extérieur

Les Avarscousins des Huns venant de Crimée, sont écrasés par Sigebert (562). Ils feront encore parler d'eux pendant deux siècles.

En Espagne, la civilisation wisigothe est plus policée que la franque.

Les Lombards, à l'origine repoussés par les Avars, reprennent en 568 l'Italie du Nord à l' Empire d'Orient. Celui-ci appela à l'aide Childebert II, qui pille et se fait payer... mais les Lombards payent plus.


VII- (613-737) Les Rois Fainéants

Clotaire II

Un peu moins cruel que ses parents, Clotaire II, nouveau maître du Regnum Francorum, n'a plus la puissance de Clotaire ou Clovis. Les régions ont acquis leur propre personnalité : l'Austrasie réclame par exemple un roi propre (ce sera le fils de Clotaire II, le célèbre Dagobert).

Les grands seigneurs austrasiens font payer chèrement leur aide. Un roi peut être fait et défait par l'aristocratie, comme ce sera de plus en plus le cas par la suite. On assiste notamment à un début d'hérédité dans l'attribution des terres données par le roi, et à la nomination des comtes (agents du roi) au sein de la noblesse locale. Clotaire II, pragmatique et habile négociateur, réussit à freiner le mouvement, sans l'arrêter.

Le pas trop mauvais roi Dagobert

Dagobert Ier(celui de la chanson) succède à son père en 629) dans tout le royaume. De la même trempe que son père, il ne laisse à son demi-frère Caribert que ce qu'on appellera plus tard un 'apanage', petite portion du royaume, revenant à la couronne après la mort de Caribert et son fils.

Dagobert est l'élève politique du puissant Pépin de Landen, mais moins soumis à la noblesse, et il l'écarte lorsqu'il place son fils Sigebert III sur le trône d'Austrasie. L'Église est remise au pas (nomination des évêques par le roi, récupération de terres usurpées...).La monarchie redevient riche, donc puissante.

Plus diplomate que soldat, Dagobert écrase les Wendes, envahisseurs slaves, et se fait payer pour une intervention en Espagne ; les Gascons (Basques) sont matés.

Le redressement du royaume sous Dagobert fut bref. Après sa mort (639), les maires du palais d'Austrasie (Pépin de Landen) et de Neustrie (Aega) mettent sous tutelle les deux jeunes rois (respectivement Sigebert III et Clovis II). À la mort de pépin (640), son fils Grimoald ne peut lui succéder immédiatement, mais il reste puissant. Les querelles entre nobles (et reines régentes) font rage pour les postes de maires du palais des quatre royaumes.

Les maires du palais

Les Pépinnides (descendants de Pépin de Landen) sont devenus la plus puissante famille du royaume, par leurs terres (surtout en Austrasie), leurs évêchés, leurs alliances, et profitent de la décadence du pouvoir royal, contraint de payer ses fonctionnaires en terres, alors que les conquêtes sont nulles. Comme maires du palais, ils accaparent toutes les fonctions royales (nominations, politique extérieure), le roi en titre devenant peu à peu une simple potiche nécessaire à par sa semi-divinité et de ses cheveux longs.

Revenu au pouvoir, Grimoald tente de faire adopter son fils par Sigebert III, pour récupérer la couronne. À la mort de Sigebert, Grimoald et son fils sont renversés par les nobles rivaux, et éliminés.

Clovis II réunifie donc théoriquement les royaumes pendant quelques mois. Par la suite, entre les descendants (Dagobert II, Clotaire III, Thierry III, Childebert II), trop jeunes pour régner, on assite à un jeu de chaises musicales pour les couronnes de Neustrie et d'Austrasie, avec les maires du palais se cooptant ou s'affrontant dans les quatre provinces.

Le 'règne' de Pépin de Herstal

Pépin de Herstal, fils de Grimoald, refait surface, prend la mairie d'Austrasie; et réussit difficilement à s'imposer dans tout le royaume, gardant sur le trône Thierry III, dépouillé de tout pouvoir (687).

Clovis III, puis Childebert III, puis Dagobert III remplacent Thierry III. Jeunes, leur souveraineté reste théorique ; ils sont à la merci du maire du palais. Chaque province en possède un, parent de Pépin, qui prend le titre de 'duc d'Austrasie' et de 'prince des Francs'. L'ordre est restauré (mise au pas des Gascons, Bretons, et des peuples satellites : Frisons, Alamans, Bavarois).

Charles Martel

À la mort de Pépin en 714, l'anarchie se réinstalle ; les frontières du nord, de l'est, le Midi sont à nouveau menacés par les Frisons, les Saxons ou les Arabes. Un de ses bâtards (nommé plus tard Charles Martel) emprisonné par sa belle-mère la reine, s'évade et reprend peu à peu de la puissance. Il s'empare de l'Austrasie, puis de la Neustrie. Les jeunes rois, simples symboles, sont exhumés des couvents au fur et à mesure des besoins.

L'Aquitaine reste indépendante de fait. Les frontières allemandes sont réassurées.

Sous la pression arabe, l'Aquitaine doit appeler Charles Martel à l'aide. La célèbre bataille de Poitiers en 732 établit l'influence de Charles Martel dans la chrétienté. Les années suivantes, il affronte d'autres attaques des Arabes, alliés à des Francs ennemis de Charles. Le sud de la Gaule (Septimanie, Provence, Aquitaine), retombe sous sa coupe.

Par la suite, Charles poursuit la politique d'évangélisation de la Germanie, mais n'aide pas le pape contre les Lombards en Italie.

Le roi Thierry IV mort, il ne le remplace pas (737), officialisant ainsi la fin de la dynastie mérovingienne.

Pendant ce temps...

L'Église poursuit l'évangélisation de l'Europe, facilitée par un grand nombre de monastères et leurs premières règles monastiques, ainsi que par la puissance mérovingienne, qui se sert d'elle pour assurer les provinces soumises aux frontières. Le pape prend de l'importance comme figure morale.

Les Arabes, à partir de 630, répandent leur nouvelle religion et refoulent l'Empire d'Orient dans l'actuelle Turquie, puis poussent jusqu'à l'Inde. L'Espagne tombe presque entièrement (hormis le royaume des Asturies au nord). La côte sud de la Gaule passe sous autorité arabe.

Bilan des Mérovingiens

Malgré leurs querelles, les Mérovingiens ont réussi à unifier - à peu près - le plus grand royaume d'Europe de l'Ouest. Ils ont protégé l'Occident de nouvelles invasions de l'Est, et soumis une partie de la Germanie. Ils héritent de ce qui restait de l'Empire Romain, et réussissent la fusion Francs-Gallo-Romains. Leur incapacité à distinguer propriété personnelle et État, et une certaine dégénérescence de la famille, les conduit à l'échec et à leur remplacement par la noblesse.


VIII - (737-987) Les Carolingiens

Pépin le Bref

À la mort de Charles Martel (741), Pépin le Bref et son frère Carloman lui succèdent. Obligés de faire la guerre pour établir leur autorité, ils doivent remettre un carolingien, Childéric III, sur le trône. Pépin reste finalement le seul au pouvoir, Carloman étant entré au couvent.

En 751, il dépose le roi mérovingien et se fait sacrer roi par le pape, qu'il délivre de la menace des Lombards, maîtres de l'Italie. Pépin crée alors autour de Rome les États de l'Église avec des territoires dépendant de l'Empire d'Orient en Italie, mais que Byzance ne peut plus défendre.

L'Aquitaine et la Septimanie sont définitivement remises au pas et la fin du règne est calme.

Mari de Berthe aux Grands Pieds, il est le premier roi de France à être sacré. Ce soutien de l'Église, donc de Dieu, lui octroie une légitimité bien plus importante que pour les rois précédents.

(763-814) Charlemagne

Charlemagne (Carolus Magnus, Charles le Grand) et son frère Carloman se partagent le royaume à la mort de leur père, mais Carloman disparaît en 771.

Charlemagne, resté seul maître, transforme le déjà puissant royaume franc en véritable empire :

Pour calmer les peuples soumis, Charlemagne leur donne comme rois ses propres fils (en Aquitaine, Lombardie...). Le titre impérial donne par la suite une raison théorique à sa suzeraineté sur ces rois.

L'armée part tous les printemps au combat. Chaque homme libre est mobilisable - ou doit cotiser pour l'équipement d'un autre.

C'est donc un royaume bien plus grand que l'Europe des Six qui est constitué, et qui s'enfonce bien plus loin vers l'est que l'Empire Romain, éliminant toute menace d'une nouvelle invasion. L'Empire carolingien rassemble plus de peuples qu'aucun royaume européen, et est indirectement le fondateur de l'Europe, politiquement et religieusement. Sa stabilité et sa puissance poussent le pape (reconnaissant) à lui décerner le titre d'Empereur d'Occident, le faisant égal de l'Empereur d'Orient, à Noël en 800. Des contacts sont noués avec Byzance et, jusqu'au calife de Bagdad.

Chef du dernier grand empire stable avant l'anarchie du IXème siècle, protecteur des arts, Charlemagne marquera l'imagerie populaire (image paternelle de l'"empereur à la barbe fleurie"). La renaissance carolingienne, brève mais réelle, est surtout visible au niveau agricole, grâce à la paix. Le commerce reste réduit.

Les comtes, nobles locaux, représentants de l'Empereur dans les provinces, sont surveillés par d'autres fonctionnaires (missi dominici). Les butins des conquêtes et les terres annexées permettent une bonne maîtrise de la noblesse. La capitale, Aix-la-Chapelle, devient un grand centre architectural, religieux et politique.

Charlemagne domine l'Église. Il en profite pour la moraliser, et la rendre plus indépendante des nobles (impôts propres), mais en exige un zèle scrupuleux dans la défense de la religion. L'Église est mise à contribution dans la mise en place d'un système éducatif gratuit pour tous.

On ne compte plus ses concubines et femmes successives (mal distinguées, car parfois épousées à la mode germanique, le mariage chrétien étant alors peu pratiqué), ni ses bâtards.

Pendant ce temps...

Les cartes sont de Christos Nuessli
Europe An 800

Les Bulgares font souffrir l'Empire d'Orient, qui perd l'Italie au profit des Lombards (plus tard soumis par Charlemagne) et ses possessions de l'Ouest face aux Arabes.

Venise profite de la déroute de l'Empire d'Orient pour prendre son indépendance. C'est le début d'un empire maritime qui colonisera une partie de la côte croate et de la Grèce, et restera indépendant jusqu'aux guerres révolutionnaires.

La Méditerranée est aux mains des Arabes, divisés en de nombreux royaumes. Ceux-ci tentent de prendre pied en Italie (Sicile, Sardaigne, Corse occupées, attaques sur les côtes), au dépens de l'Empire d'Orient.

Sombres perspectives

À la fin d'un très long règne, Charlemagne laisse le pouvoir à son seul fils légitime survivant, Louis Ier le Pieux. L'unité de l'Empire est donc conservée (un partage avait été prévu du vivant des autres fils).

Cependant les nuages s'amoncellent : les Vikings (des Danois) commencent à ravager les côtes de toute l'Europe. Les conquêtes ont ralenti les dernières années, et donc appauvri l'Empereur. Et, surtout, Louis Ier sera un piètre empereur.

(814-877) Louis Ier le Pieux & Charles II le Chauve

Reprise des guerres familiales

Du vivant de Louis Ier, l'Empire garde son unité, mais ses trois fils (Pépin, Louis dit le Germanique, Lothaire) exigent une partie du pouvoir plus conséquente que les royaumes vassaux qui leur sont alloués (respectivement Aquitaine, Bavière, Italie), contestent l'idée d'une nouvelle coutume successorale qui garderait l'Empire uni, se révoltent contre leur père, et se disputent d'ailleurs entre eux.

En 817, un partage a lieu, Lothaire gardant l'essentiel de l'Empire et le titre impérial.

Le traité de Verdun

En 841, Pépin meurt mais laisse un fils (Pépin II , roi d'Aquitaine) ; la situation est encore compliquée par un quatrième fils de Louis Ier, né de Judith, jeune épouse de Louis le Pieux ; elle pousse celui-ci à accorder un royaume à ce jeune Charles II. Lothaire étant mal toléré par ses deux autres frères, ceux-ci nouent une alliance (serment de Strasbourg, les premières traces écrites de français et d'allemand anciens : roman et tudesque).

En 843 (traité de Verdun), le royaume est partagé :

Lothaire mort, ses trois fils Louis II(roi d'Italie, empereur en titre), Lothaire II (roi de Lorraine) et Charles (roi de Provence) se partagent son royaume. À leur mort, faute d'héritiers, leurs royaumes sont répartis entre Charles et Louis. Les frontières sont fixées par des nobles qui veulent regrouper leurs domaines, elles divisent encore plus les deux royaumes.

En 875, l'empereur Louis II mort, Charles II prend le titre impérial et réunifie théoriquement l'Empire, bien que Louis garde la Germanie. En 876, il récupère l'Italie, et Louis le Germanique disparaît. Son royaume est alors partagé entre ses trois fils.

Les Vikings, les Arabes profitent de l'anarchie pour ravager les côtes.

(877-987) La France indépendante et carolingienne ; les Robertiens

Nouveaux partages

En 877, à la mort de Charles II, Louis II le Bègue (roi associé d'Aquitaine) devient roi de la Francia Occidentalis.

Judith, sa fille, est mariée successivement à deux rois anglais puis au comte de Flandres, qui fondera ainsi une dynastie carolingienne indépendante. Deux autres fils de Charles II finissent religieux (heureusement pour l'unité du pays...)

Les cartes sont de Christos Nuessli
Empire franc An 900

L'Italie et la couronne impériale passent à leurs cousins germaniques. L'Empire ne reviendra plus dans la branche française des Carolingiens, et la France se détache du reste de l'Empire. Il ne reste plus grand chose de l'oeuvre de Charlemagne, 60 ans après sa mort.

La mise en place de la féodalité

Sur les IXème et Xème siècles, seules les régions éloignées des côtes et des fleuves seront épargnées par les Vikings, les Sarrasins ou les Hongrois. Les rois sont presque impuissants à les neutraliser, d'où la montée en puissance des nobles locaux, seuls capables de protéger les populations, et l'extension du féodalisme. La division du pouvoir entre différents rois, la valse des couronnes dans toute la famille, n'arrange rien. Les comtes parviennent à rendre leur domaine héréditaire, comme en Flandres.

Comme sous les petits-enfants de Clovis, les guerres familiales et l'arrêt des conquêtes appauvrissent et affaiblissent le roi, et rendent plus libres les seigneurs. Les particularismes régionaux (breton, aquitain, burgonde, vascon...) qui viennent de l'Antiquité et des invasions, n'ont pas non plus disparu. Enfin, la mise en place de grands commandements militaires destinés à la défense ('marches' impériales de Charlemagne, Neustrie confiée à Robert le Fort pour la défense contre les Normands) donne aux seigneurs concernés une grande autonomie. Après la mort de Charles II, ils lèveront seuls les armées et parfois ne prêteront même plus allégeance au roi. La féodalité achève ainsi de se mettre en place.

Un grand seigneur, Robert le Fort, comte de Paris et duc de France, tué dans les combats contre les Vikings, marquera assez les esprits pour que ses enfants puissent un jour prétendre à la couronne - ce sera le début des Robertiens, ancêtres des Capétiens.

Parenthèses dans la dynastie

En 879, les fils de Louis II, Louis III et Carloman se partagent la France. Leur (très) jeune frère Charles III le Simple est écarté du trône.

En 884, le royaume se retrouve sans prétendant valable et légitime. La couronne passe alors à l'Empereur et roi de Germanie, fils de Louis le Germanique, Charles III le Gros. Incompétent, il est déposé (888), et Eudes, fils de Robert le Fort, est élu roi de France.

Charles III le Simple, héritier légitime, tente de revenir au pouvoir. Après une guerre contre le roi en place, un accord lui accorde la couronne après la mort d'Eudes, en 898. Charles III est connu surtout pour avoir cédé aux Vikings ce qui deviendra la Normandie, en échange d'un hommage (formel) et de la conversion au christianisme, protégeant ainsi la Seine des autres Vikings. Charles III finit, trahi, sa vie en prison, alors que Robert, autre fils de Robert le Fort, se fait élire roi (923).

À la mort de celui-ci Raoul, duc de Bourgogne, allié par les femmes aux Carolingiens, est élu roi de France.

Les derniers Carolingiens

À la mort de Raoul, on retrouve un fils de Charles III le Simple, exilé en Angleterre, Louis IV d'Outre-mer. C'est une période d'affrontements plus ou moins larvés entre Hugues le Grand, fils du roi Robert, duc de France, plus puissant seigneur du nord de la France (le sud est indépendant de fait), qui trouve sa situation plus confortable que celle de roi, et Louis IV, qui a besoin du soutien de Hugues contre l'influence de Otton, futur empereur germanique.

Lothaire succède à Louis IV en 954, mais sa jeunesse impose une régence. Celui qui sera appelé Hugues Capet,fils de Hugues le Grand, est lui aussi mineur. Les grands de France s'enrichissent alors au profit des deux domaines et en réduisent fortement la puissance. Hugues Capet, devenu roi, n'aura plus l'influence de son père.

Lothaire meurt en 986, et son fils Louis V disparaît accidentellement. Hugues Capet est élu roi de France. Descendant de rois, mais peu puissant, il ne gêne pas les grands ducs.

Pendant ce temps...

Le titre impérial a disparu avec le roi de Germanie et de Lotharingie, Arnould, petit-fils de Louis le Germanique, en 899. Italie, Germanie, France, sont trois royaumes distincts.

En Germanie, la dynastie saxonne des Otton se met en place : Otton Ier réunifie l'Empire, France exceptée (951) ; il est nommé empereur en 962. La couronne impériale restera en Allemagne, et le Saint Empire Romain Germanique subsistera jusqu'à Napoléon. Les premiers empereurs saxons tenteront d'imposer leur hégémonie sur l'Europe, en vertu du titre impérial, et il faudra longtemps pour qu'ils admettent que le roi de France est "empereur en son royaume". Ce rêve d'un Empire universel (qui regrouperait toute le chrétienté) est abandonné vers 1000, à cause de l'indocilité des ducs électeurs allemands.

Les Magyars (Hongrois) arrivent de l'Est vers 895, et ravagent Italie, Balkans, France avant d'être battus par Otton Ier, et forcés à se fixer en Pannonie, qui deviendra la Hongrie.

Les Vikings s'implantent en Grande-Bretagne et fondent des royaumes qui seront lentement assimilés. Ils lancent des raids jusqu'à Byzance, et commercent dans toute l'Europe. Ils étendent leur influence dans ce qui sera la Russie (voie commerciale jusque Byzance).

L'évangélisation du nord et de l'est de l'Europe se poursuit lentement par les religieux francs (Germanie, Angleterre, Slaves du Nord) et byzantins (Bulgares, Principauté de Kiev) ; déjà se profile la scission entre catholiques et orthodoxes.

En Méditerranée, la situation reste la même : les Arabes dominent.

En résumé, le monde chrétien, déjà tiraillé entre un Empire d'Orient en repli, et un ensemble d'Occident divisé mais en expansion (Slaves repoussés à l'est par les Francs Orientaux, puissance carolingienne, christianisation, début de la Reconquista en Espagne), est en tenaille entre les Arabes au Sud, les Slaves (et les Hongrois) à l'Est, les Vikings au Nord.


Vers le tome II...


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